بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Carte Sunna N°1

الْكِتَابُ الثَّانِي فِي السُّنَّة

Ouverture du Kitāb al-Sunna · Définir la Sunna comme source juridique · Aqwāl, afʿāl, taqrīrāt

Après avoir épuisé l'étude des paroles révélées (al-Kitāb), Tāj al-Dīn al-Subkī ouvre le deuxième livre de Jamʿ al-Jawāmiʿ : la Sunna. Mais qu'est-ce, techniquement, que la Sunna pour l'uṣūlī ? Ce n'est pas une catégorie d'actes pieux ; c'est une source de preuve. Al-Zarkashī, dans son sharḥ Tashnīf al-Masāmiʿ, précise immédiatement : la Sunna recouvre les paroles du Prophète ﷺ (qui ne relèvent pas de l'iʿjāz coranique), ses actes (taqrīr inclus, car la retenue est elle-même un acte), et — Zarkashī corrige Subkī sur ce point — son hamm (هَمَّه), c'est-à-dire ce qu'il a entrepris ou voulu accomplir sans le faire. Cette définition trace les frontières de tout le livre qui va suivre.

الْكِتَابُ الثَّانِي فِي السُّنَّة.
وَقَدْ سَبَقَتْ مَبَاحِثُ الْأَقْوَالِ مِنَ الْأَمْرِ وَالنَّهْيِ، وَالْعَامِّ وَالْخَاصِّ... وَالْكَلَامُ الْآنَ فِي الْأَفْعَال.

« Le deuxième livre, sur la Sunna. — Les questions relatives aux paroles (l'ordre, la défense, le général, le particulier, l'absolu, le restreint, le sommaire, le clair, l'abrogeant et l'abrogé) ont été traitées plus haut ; le propos porte maintenant sur les actes. »

Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Sunna, ouverture (تصدير الكتاب)

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Pourquoi un livre dédié à la Sunna ?

Le Coran est un texte fixé : sa transmission est unanime, ses énoncés sont datés et rangés. La Sunna est tout autre chose — un océan de transmissions, où le savant doit distinguer la parole qui ordonne, l'acte qui montre, l'approbation tacite qui valide, et même la résolution non accomplie (hamm) qui peut, elle aussi, fonder une sunna. Subkī ouvre donc un livre entier pour répondre à une question simple en apparence : quand un acte du Prophète ﷺ produit-il une règle ? Et quand son silence — ou son intention non aboutie — vaut-il approbation ? Pour Zarkashī, la frontière de la Sunna se trace au seuil même : ce qui n'est pas du Coran et qui émane du Prophète ﷺ — voilà l'objet du livre.

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Vocabulaire essentiel

السُّنَّة al-Sunna
« La voie », « la conduite ». Techniquement : tout ce qui émane du Prophète ﷺ en parole, acte ou approbation tacite — hors révélation coranique.
قَوْل qawl
Parole. Pour la Sunna, on entend les paroles du Prophète ﷺ qui ne sont pas de la nature de l'iʿjāz — sinon ce serait du Coran.
فِعْل fiʿl
Acte. Englobe selon Zarkashī la taqrīr (approbation tacite), car « la retenue est un acte » sur l'avis le plus correct.
تَقْرِير taqrīr
Approbation tacite : un acte se produit en présence du Prophète ﷺ, qui ne le réprouve pas — preuve de sa licéité.
هَمّ hamm
« Résolution, intention manifestée ». Ce que le Prophète ﷺ a entrepris ou voulu accomplir sans le faire. Selon Zarkashī, c'est la quatrième composante que Subkī aurait dû ajouter — exemplifiée par l'inversion du manteau dans l'istisqāʾ.
إِعْجَاز iʿjāz
Caractère inimitable du Coran. Critère qui distingue la parole prophétique sunna de la parole prophétique coranique.
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Les composantes de la Sunna

L'objet du livre
La Sunna comprend les paroles, les actes, l'approbation tacite et — selon la précision de Zarkashī — le hamm du Prophète ﷺ.
Définition Quadripartition

La définition technique chez l'uṣūlī

  • Aqwāl (paroles) : tout ce que le Prophète ﷺ a dit, à l'exclusion du Coran (qui est parole divine récitée et inimitable).
  • Afʿāl (actes) : tout ce qu'il ﷺ a fait, accompli, montré.
  • Taqrīrāt (approbations tacites) : ce qu'il ﷺ a vu ou su, et n'a pas réprouvé — non-réprobation valant validation. Incluse implicitement dans les afʿāl, car « al-kaff fiʿl » (la retenue est un acte).
  • Hamm (résolution non accomplie) : ce qu'il ﷺ a entrepris ou voulu faire sans l'achever. Composante ajoutée par Zarkashī et que Subkī aurait dû mentionner explicitement.
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Sharḥ al-Zarkashī — Tashnīf al-Masāmiʿ

Texte clé du commentaire
Zarkashī précise les frontières de la définition et critique l'auteur sur l'omission du sukūt.
Sharḥ Zarkashī

Le passage du Tashnīf

الْمُرَادُ بِأَقْوَالِهِ: الَّتِي لَيْسَتْ عَلَى وَجْهِ الْإِعْجَازِ، وَيَدْخُلُ فِي الْأَفْعَالِ التَّقْرِيرُ، لِأَنَّهُ كَفٌّ عَنِ الْإِنْكَارِ، وَالْكَفُّ فِعْلٌ عَلَى الْأَصَحِّ، فَكَانَ يَنْبَغِي أَنْ يَزِيدَ: هَمَّهُ.
وَقَدِ احْتَجَّ الشَّافِعِيُّ — رَضِيَ اللهُ عَنْهُ — فِي الْجَدِيدِ عَلَى اسْتِحْبَابِ تَنْكِيسِ الرِّدَاءِ فِي خُطْبَةِ الِاسْتِسْقَاءِ بِأَنَّهُ ﷺ اسْتَسْقَى وَعَلَيْهِ خَمِيصَةٌ لَهُ سَوْدَاءُ، فَأَرَادَ أَنْ يَأْخُذَ بِأَسْفَلِهَا فَيَجْعَلَهُ أَعْلَاهَا، فَلَمَّا ثَقُلَتْ عَلَيْهِ قَلَبَهَا عَلَى عَاتِقِهِ، فَجَعَلُوا مَا هَمَّ بِهِ وَلَمْ يَفْعَلْهُ سُنَّةً.

Traduction : « On entend par "ses paroles" celles qui ne sont pas de la nature de l'iʿjāz. La taqrīr entre dans les actes, car elle est une retenue à l'égard du blâme, et la retenue est un acte sur l'avis le plus correct. L'auteur aurait dû ajouter explicitement : son hamm (sa résolution). En effet, al-Shāfiʿī — qu'Allah l'agrée — a fondé dans le jadīd la recommandation d'inverser le manteau dans la prédication de la prière de demande de pluie sur le fait qu'il ﷺ pratiqua l'istisqāʾ portant un manteau (khamīṣa) noir : il voulut en saisir le bas pour le mettre en haut, mais comme il était trop lourd, il se contenta de le retourner sur ses épaules — alors les juristes ont fait de ce qu'il avait entrepris sans accomplir une sunna. »

Les trois précisions de Zarkashī

  • Critère de l'iʿjāz : ce qui distingue la parole prophétique sunna de la parole prophétique coranique, ce n'est pas l'origine (les deux viennent du Prophète ﷺ), mais la nature inimitable. Tout énoncé non miraculeux est Sunna.
  • Inclusion de la taqrīr dans les actes : Zarkashī s'appuie sur la doctrine la plus correcte selon laquelle al-kaff fiʿl — l'abstention est elle-même un acte juridique. Donc la non-réprobation est un acte (de validation).
  • Ajout du hamm : Zarkashī reproche à Subkī d'avoir omis une catégorie distincte — le hamm, c'est-à-dire ce que le Prophète ﷺ a entrepris ou voulu faire sans l'accomplir. C'est une catégorie irréductible aux trois autres : ce n'est ni un acte achevé (afʿāl), ni une parole (aqwāl), ni un silence approbateur (taqrīr) — c'est une résolution manifestée.
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Pourquoi un livre dédié aux actes ?

Articulation avec le Coran
Les paroles ont leurs règles propres (déjà étudiées) ; les actes posent des questions inédites — c'est l'objet de ce livre.
Méthode Articulation

La logique du plan de Subkī

Pour les paroles (du Coran ou du Prophète ﷺ), les règles d'indication ont déjà été établies dans le Kitāb al-Kitāb : un impératif (amr) indique en principe l'obligation, une négation (nahy) l'interdiction, un terme général (ʿāmm) couvre tout son contenu, etc. Ces règles sont valables que la parole soit révélée ou prophétique.

Mais pour les actes, tout reste à faire : le Prophète ﷺ s'est levé, s'est assis, a mangé, a prié d'une certaine manière, a accompli son pèlerinage avec des séquences précises. Quels actes sont contraignants ? Recommandés ? Simplement permis ? Quelles sont les règles d'inférence ? C'est ce que ce livre résout.

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Exemple concret du hamm — l'inversion du manteau

Du geste avorté à la règle
Comment al-Shāfiʿī déduit une sunna d'un geste que le Prophète ﷺ n'a pas accompli — illustration vivante de la catégorie du hamm.
Exemple Hamm

Le ḥadīth du khamīṣa

Lors d'une prière de demande de pluie (al-istisqāʾ), le Prophète ﷺ portait un manteau noir (khamīṣa). Il voulut en saisir le bas pour le ramener en haut — geste rituel symbolique. Mais le manteau étant lourd, il se contenta de le retourner sur ses épaules sans achever le geste initialement projeté.

Question des uṣūl : que vaut une résolution manifestée mais non accomplie ? Peut-elle fonder une sunna ?

Réponse d'al-Shāfiʿī (rapportée par Zarkashī) : oui — c'est la doctrine du jadīd. Inverser entièrement le rideau dans la khuṭba de l'istisqāʾ (mettre le haut en bas) est sunna non pas parce que le Prophète ﷺ l'a fait, mais parce qu'il a voulu le faire. La résolution elle-même porte valeur normative.

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À retenir

5 principes essentiels
Les convictions à fixer pour aborder l'ensemble du Kitāb al-Sunna.
  • La Sunna juridique = aqwāl + afʿāl + taqrīrāt — et selon la précision de Zarkashī, il faut y ajouter explicitement le hamm
  • La frontière entre Coran et Sunna passe par l'iʿjāz : ce qui est inimitable est Coran, le reste est Sunna
  • La taqrīr est juridiquement un acte, car « al-kaff fiʿl » : l'abstention est un acte sur l'avis le plus correct
  • Le hamm (résolution non accomplie) peut fonder une sunna — l'exemple du khamīṣa dans l'istisqāʾ chez al-Shāfiʿī le prouve
  • Le Kitāb al-Sunna se concentre sur les actes car les paroles ont déjà leurs règles dans le Kitāb al-Kitāb
?

Question de révision

Tester sa compréhension
Une question simple pour vérifier la maîtrise avant la carte suivante.

Question

« Pourquoi al-Zarkashī reproche-t-il à al-Subkī l'omission du hamm alors qu'il accepte sans difficulté que la taqrīr soit incluse dans les actes ? Pourquoi le hamm ne peut-il pas, lui, être réduit aux trois autres catégories ? »

🧠 Grille mnémotechnique

1
PAROLES
aqwāl non-iʿjāz
Distinction d'avec le Coran
2
ACTES
afʿāl + taqrīr
Cœur du livre
3
TAQRĪR
approbation tacite
al-kaff fiʿl
4
HAMM
résolution non accomplie
Ajouté par Zarkashī