Ouverture du Kitāb al-Sunna · Définir la Sunna comme source juridique · Aqwāl, afʿāl, taqrīrāt
Après avoir épuisé l'étude des paroles révélées (al-Kitāb), Tāj al-Dīn al-Subkī ouvre le deuxième livre de Jamʿ al-Jawāmiʿ : la Sunna. Mais qu'est-ce, techniquement, que la Sunna pour l'uṣūlī ? Ce n'est pas une catégorie d'actes pieux ; c'est une source de preuve. Al-Zarkashī, dans son sharḥ Tashnīf al-Masāmiʿ, précise immédiatement : la Sunna recouvre les paroles du Prophète ﷺ (qui ne relèvent pas de l'iʿjāz coranique), ses actes (taqrīr inclus, car la retenue est elle-même un acte), et — Zarkashī corrige Subkī sur ce point — son hamm (هَمَّه), c'est-à-dire ce qu'il a entrepris ou voulu accomplir sans le faire. Cette définition trace les frontières de tout le livre qui va suivre.
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« Le deuxième livre, sur la Sunna. — Les questions relatives aux paroles (l'ordre, la défense, le général, le particulier, l'absolu, le restreint, le sommaire, le clair, l'abrogeant et l'abrogé) ont été traitées plus haut ; le propos porte maintenant sur les actes. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Sunna, ouverture (تصدير الكتاب)
Le Coran est un texte fixé : sa transmission est unanime, ses énoncés sont datés et rangés. La Sunna est tout autre chose — un océan de transmissions, où le savant doit distinguer la parole qui ordonne, l'acte qui montre, l'approbation tacite qui valide, et même la résolution non accomplie (hamm) qui peut, elle aussi, fonder une sunna. Subkī ouvre donc un livre entier pour répondre à une question simple en apparence : quand un acte du Prophète ﷺ produit-il une règle ? Et quand son silence — ou son intention non aboutie — vaut-il approbation ? Pour Zarkashī, la frontière de la Sunna se trace au seuil même : ce qui n'est pas du Coran et qui émane du Prophète ﷺ — voilà l'objet du livre.
Traduction : « On entend par "ses paroles" celles qui ne sont pas de la nature de l'iʿjāz. La taqrīr entre dans les actes, car elle est une retenue à l'égard du blâme, et la retenue est un acte sur l'avis le plus correct. L'auteur aurait dû ajouter explicitement : son hamm (sa résolution). En effet, al-Shāfiʿī — qu'Allah l'agrée — a fondé dans le jadīd la recommandation d'inverser le manteau dans la prédication de la prière de demande de pluie sur le fait qu'il ﷺ pratiqua l'istisqāʾ portant un manteau (khamīṣa) noir : il voulut en saisir le bas pour le mettre en haut, mais comme il était trop lourd, il se contenta de le retourner sur ses épaules — alors les juristes ont fait de ce qu'il avait entrepris sans accomplir une sunna. »
Pour les paroles (du Coran ou du Prophète ﷺ), les règles d'indication ont déjà été établies dans le Kitāb al-Kitāb : un impératif (amr) indique en principe l'obligation, une négation (nahy) l'interdiction, un terme général (ʿāmm) couvre tout son contenu, etc. Ces règles sont valables que la parole soit révélée ou prophétique.
Mais pour les actes, tout reste à faire : le Prophète ﷺ s'est levé, s'est assis, a mangé, a prié d'une certaine manière, a accompli son pèlerinage avec des séquences précises. Quels actes sont contraignants ? Recommandés ? Simplement permis ? Quelles sont les règles d'inférence ? C'est ce que ce livre résout.
Lors d'une prière de demande de pluie (al-istisqāʾ), le Prophète ﷺ portait un manteau noir (khamīṣa). Il voulut en saisir le bas pour le ramener en haut — geste rituel symbolique. Mais le manteau étant lourd, il se contenta de le retourner sur ses épaules sans achever le geste initialement projeté.
Question des uṣūl : que vaut une résolution manifestée mais non accomplie ? Peut-elle fonder une sunna ?
Réponse d'al-Shāfiʿī (rapportée par Zarkashī) : oui — c'est la doctrine du jadīd. Inverser entièrement le rideau dans la khuṭba de l'istisqāʾ (mettre le haut en bas) est sunna non pas parce que le Prophète ﷺ l'a fait, mais parce qu'il a voulu le faire. La résolution elle-même porte valeur normative.
« Pourquoi al-Zarkashī reproche-t-il à al-Subkī l'omission du hamm alors qu'il accepte sans difficulté que la taqrīr soit incluse dans les actes ? Pourquoi le hamm ne peut-il pas, lui, être réduit aux trois autres catégories ? »