Le fondement épistémique de la Sunna · Pourquoi le Prophète ﷺ est preuve · Pas de péché, même mineur, même par inadvertance
Avant d'établir comment un acte du Prophète ﷺ produit une règle, il faut s'assurer d'une chose préalable : tout ce qu'il fait est légitime. Sans cette garantie, ses actes ne pourraient fonder le droit. C'est pourquoi al-Subkī ouvre les masāʾil du livre par la ʿiṣma — l'infaillibilité des prophètes. Al-Zarkashī, dans le Tashnīf al-Masāmiʿ, reprend la position d'Ibn Burhān : « les muḥaqqiqūn s'accordent sur cette doctrine », car la Loi nous ordonne de suivre les prophètes sans condition restrictive — ce qui suppose nécessairement leur infaillibilité absolue. Cette carte fixe le socle épistémologique de tout le Kitāb al-Sunna.
Disponible sur ordinateur
« Les prophètes — sur eux la prière et la paix — sont infaillibles : aucun péché ne provient d'eux, fût-il minime ou par inadvertance. C'est l'avis d'al-Ustādh [Abū Isḥāq al-Isfarāʾīnī], d'al-Shahrastānī, du Cadi ʿIyāḍ et du Shaykh al-Imām [le père de l'auteur]. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Sunna, masʾala 1 (عصمة الأنبياء)
La Sunna ne peut être preuve que si l'agent (le Prophète ﷺ) est lui-même au-dessus de tout soupçon. Si l'on admettait qu'il puisse pécher, fût-ce par inattention, alors chaque acte demanderait à être examiné pour savoir s'il appartient à la « bonne version » du Prophète ou non — ce qui ruinerait toute possibilité d'inférence juridique. La doctrine de l'infaillibilité totale n'est donc pas un dogme à côté du droit ; c'est la condition même qui rend le droit possible. Allah purifie leurs essences de toute imperfection — voilà ce que dit Zarkashī.
Traduction : « Aucun péché ne provient d'eux, ni mineur ni majeur, ni intentionnel ni par inadvertance ; bien au contraire, Allah a purifié leurs essences de toutes les imperfections. Ibn Burhān rapporte cela comme un consensus des muḥaqqiqūn : car nous avons reçu l'ordre de les suivre dans leurs actes, leurs traces et leurs conduites, d'un ordre absolu sans contrainte d'indice restrictif. Tout texte semblant aller en sens contraire est interprété : soit comme une action accomplie sur la base d'un taʾwīl [interprétation jurisprudentielle de leur part], soit comme antérieure à la prophétie. »
Zarkashī construit l'argument en trois temps :
Zarkashī signale deux stratégies herméneutiques classiques :
La doctrine de la ʿiṣma appartient en propre au uṣūl al-dīn (théologie). Pourquoi figure-t-elle alors dans le Jamʿ al-Jawāmiʿ d'uṣūl al-fiqh ? Parce qu'elle est le fondement même qui permet aux actes prophétiques d'être source de droit. Subkī la place ici comme postulat de travail : sans elle, le livre entier perdrait son objet.
« Reconstituez en vos propres mots l'argument de Zarkashī : pourquoi l'ordre coranique de suivre les prophètes impose-t-il logiquement leur infaillibilité totale, y compris contre la ṣaghīra par inadvertance ? Que se passerait-il si l'on admettait une exception ? »