Statut juridique des actes prophétiques · Deux exclusions, deux raisons · ʿiṣma et al-nudra (rareté)
Maintenant que la ʿiṣma a été établie (carte 2), que la non-approbation du faux a été déduite (carte 3), et que la mécanique du silence a été dépliée (carte 4), Subkī revient à la positivité des actes : ces actes, par eux-mêmes, ne peuvent être ni ḥarām ni makrūh. Deux exclusions, deux raisons. Le ḥarām est exclu par ʿiṣma — c'est immédiat. Le makrūh est exclu par al-nudra — la rareté. Mais c'est là que Zarkashī, dans le Tashnīf al-Masāmiʿ, ajoute une thèse personnelle, frappante : « Je dis : il est inconcevable qu'un makrūh provienne du Prophète ﷺ. » Et son raisonnement renverse la perspective : ce qui serait makrūh pour nous ne l'est pas pour lui ﷺ, parce qu'il en tire tashrīʿ et bayān al-jawāz — enseignement et clarification de la licéité.
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« Son acte ﷺ n'est pas ḥarām — en raison de la ʿiṣma — ni makrūh — en raison de la nudra [rareté du makrūh même chez les fidèles ordinaires]. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Sunna, masʾala 4 (في حكم فعله ﷺ بالمنع)
L'imitation prophétique (al-tāʾasī) suppose qu'on puisse, sans hésiter, prendre pour modèle chaque acte du Prophète ﷺ. Or, si l'un de ses actes était ḥarām, l'imitation serait fausse et coupable. S'il était makrūh, l'imitation serait blâmable. Subkī écarte donc, dès le matn, ces deux statuts négatifs — et donne pour chacun la raison technique. Ḥarām : impossible en raison de la ʿiṣma (déjà acquise). Makrūh : improbable en raison de la rareté du makrūh dans la pratique des justes. Mais Zarkashī, lui, va plus loin : il propose un argument structurel qui rend le makrūh impossible chez le Prophète ﷺ — non parce qu'il l'éviterait par scrupule, mais parce que tout acte qu'il accomplit acquiert, par sa fonction enseignante, un statut différent du nôtre.
Traduction : « Son acte ﷺ : il est impossible qu'un muḥarram y figure — en raison de l'obligation de la ʿiṣma. Et [il est impossible qu'y figure] un makrūh — en raison de la rareté de son occurrence chez les simples musulmans, alors a fortiori chez le maître des vertueux. — Et moi je dis : il est inconcevable qu'un makrūh provienne de lui ﷺ. Car lorsqu'il accomplit un acte qui serait makrūh pour nous, ce n'est pas makrūh pour lui, parce qu'il en tire ainsi législation par l'acte et clarification de la licéité. »
Zarkashī cite Ibn al-Rifʿa, dans son commentaire sur la combinaison entre l'adhān et l'iqāma : « Une chose peut être makrūh pour nous et accomplie par le Prophète ﷺ pour démontrer la licéité ; et alors, dans son cas à lui ﷺ, elle devient plus méritoire [que l'alternative régulière]. » (الشيء قد يكون مكروهًا ويفعله النبي ﷺ لبيان الجواز ويكون أفضل في حقه).
Pour le fidèle ordinaire, la sunna du wuḍūʾ est de répéter chaque lavage trois fois (3×). Réduire à une seule (1×) ou à deux (2×) serait khilāf al-awlā — quitter le préférable.
Or il est rapporté que le Prophète ﷺ a accompli son wuḍūʾ à une seule fois (rapporté par al-Dārimī d'Ibn ʿAbbās, isnād ṣaḥīḥ selon Nawawī) ; et à deux fois (rapporté par Ibn Mājah d'Ubayy ibn Kaʿb). Comment expliquer ces variantes ?
Réponse de Nawawī (Majmūʿ) : « Les savants ont dit : à ce moment-là, [accomplir 1× ou 2×] était plus méritoire en sa personne que la triple répétition — pour la clarification de la licéité [bayān al-jawāz]. »
Le matn de Subkī ne traite que de deux statuts négatifs : ḥarām et makrūh. Mais entre le makrūh et le mubāḥ existe un statut intermédiaire, plus léger : khilāf al-awlā — l'acte qui n'est pas blâmable mais qui n'est pas le préférable. Zarkashī fait remarquer : « Ils ont gardé le silence sur le khilāf al-awlā, et il y a là ce que nous avons mentionné pour le makrūh » (سكتوا عن خلاف الأولى وفيه ما ذكرنا في المكروه).
Conséquence : ce que la science des uṣūl a omis, Zarkashī le complète : si le Prophète ﷺ accomplit un acte qui pour nous serait khilāf al-awlā, ce n'est pas khilāf al-awlā dans son cas, exactement parce que l'acte sert de tashrīʿ. Le silence des uṣūlīs n'est donc pas une lacune dogmatique, mais une simplification : la règle générale (acte = mission enseignante) couvre tous les statuts négatifs léger ou lourd.
« Reconstituez le raisonnement de Zarkashī par lequel un acte qui serait makrūh pour nous devient méritoire dans la personne du Prophète ﷺ. Pourquoi le statut juridique d'un acte n'est-il pas absolu, mais relatif à la fonction de celui qui l'accomplit ? Appuyez-vous sur l'exemple du wuḍūʾ rapporté par Nawawī. »