بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Carte Sunna N°5

فِعْلُهُ ﷺ غَيْرُ مُحَرَّمٍ وَغَيْرُ مَكْرُوه

Statut juridique des actes prophétiques · Deux exclusions, deux raisons · ʿiṣma et al-nudra (rareté)

Maintenant que la ʿiṣma a été établie (carte 2), que la non-approbation du faux a été déduite (carte 3), et que la mécanique du silence a été dépliée (carte 4), Subkī revient à la positivité des actes : ces actes, par eux-mêmes, ne peuvent être ni ḥarām ni makrūh. Deux exclusions, deux raisons. Le ḥarām est exclu par ʿiṣma — c'est immédiat. Le makrūh est exclu par al-nudra — la rareté. Mais c'est là que Zarkashī, dans le Tashnīf al-Masāmiʿ, ajoute une thèse personnelle, frappante : « Je dis : il est inconcevable qu'un makrūh provienne du Prophète ﷺ. » Et son raisonnement renverse la perspective : ce qui serait makrūh pour nous ne l'est pas pour lui ﷺ, parce qu'il en tire tashrīʿ et bayān al-jawāz — enseignement et clarification de la licéité.

وَفِعْلُهُ غَيْرُ مُحَرَّمٍ؛ لِلْعِصْمَةِ، وَغَيْرُ مَكْرُوهٍ؛ لِلنُّدْرَةِ.

« Son acte ﷺ n'est pas ḥarām — en raison de la ʿiṣma — ni makrūh — en raison de la nudra [rareté du makrūh même chez les fidèles ordinaires]. »

Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Sunna, masʾala 4 (في حكم فعله ﷺ بالمنع)

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Pourquoi cette double exclusion ?

L'imitation prophétique (al-tāʾasī) suppose qu'on puisse, sans hésiter, prendre pour modèle chaque acte du Prophète ﷺ. Or, si l'un de ses actes était ḥarām, l'imitation serait fausse et coupable. S'il était makrūh, l'imitation serait blâmable. Subkī écarte donc, dès le matn, ces deux statuts négatifs — et donne pour chacun la raison technique. Ḥarām : impossible en raison de la ʿiṣma (déjà acquise). Makrūh : improbable en raison de la rareté du makrūh dans la pratique des justes. Mais Zarkashī, lui, va plus loin : il propose un argument structurel qui rend le makrūh impossible chez le Prophète ﷺ — non parce qu'il l'éviterait par scrupule, mais parce que tout acte qu'il accomplit acquiert, par sa fonction enseignante, un statut différent du nôtre.

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Vocabulaire essentiel

مُحَرَّم muḥarram / ḥarām
Interdit. Acte dont l'accomplissement est puni et l'abstention récompensée. Catégorie strictement exclue par la ʿiṣma.
مَكْرُوه makrūh
Détesté juridiquement. Acte dont l'abstention est récompensée, mais dont l'accomplissement n'est pas puni. Catégorie exclue ici par al-nudra.
نُدْرَة al-nudra
« Rareté ». Argument statistique de Subkī : le makrūh est rare même chez les fidèles ordinaires ; il l'est a fortiori chez le maître des vertueux.
تَشْرِيع tashrīʿ
« Législation par l'acte ». Le Prophète ﷺ, en accomplissant un acte qu'on aurait jugé makrūh, l'institue comme licite — voire méritoire en sa personne.
خِلَافُ الْأَوْلَى khilāf al-awlā
« Contraire au préférable ». Statut intermédiaire, plus léger que le makrūh stricto sensu. Les uṣūlīs n'en ont pas parlé séparément ; Zarkashī applique la même logique.
1

Le ḥarām exclu par la ʿiṣma

Conséquence directe de la masʾala 1
L'argument est immédiat : si aucun péché ne provient du Prophète ﷺ, alors aucun acte interdit ne peut figurer dans sa pratique. La ʿiṣma fonde la règle.
Doctrine ʿIṣma

L'inférence en deux temps

  • Prémisse (carte 2) : les prophètes sont infaillibles ; aucun péché ne se produit chez eux, ni majeur ni mineur, ni intentionnel ni par mégarde
  • Conséquence directe : tout acte ḥarām est par définition un péché ; donc aucun acte du Prophète ﷺ ne peut être ḥarām
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Sharḥ al-Zarkashī — Tashnīf al-Masāmiʿ

Texte clé du commentaire
Zarkashī rapporte la justification de Subkī, puis avance sa thèse personnelle : le makrūh n'est pas seulement rare chez le Prophète ﷺ — il est structurellement impossible.
Sharḥ Zarkashī

Le passage du Tashnīf

فِعْلُهُ ﷺ لَا يُمْكِنُ أَنْ يَقَعَ فِيهِ مُحَرَّمٌ، لِوُجُوبِ الْعِصْمَةِ، وَلَا مَكْرُوهٌ، لِنُدْرَةِ وُقُوعِهِ مِنْ آحَادِ الْمُسْلِمِينَ، فَكَيْفَ مِنْ سَيِّدِ الْمُتَّقِينَ.
وَأَنَا أَقُولُ: لَا يُتَصَوَّرُ مِنْهُ وُقُوعُ مَكْرُوهٍ، فَإِنَّهُ إِذَا فَعَلَ فِعْلًا وَكَانَ مَكْرُوهًا فِي حَقِّنَا، فَلَيْسَ بِمَكْرُوهٍ فِي حَقِّهِ، لِأَنَّهُ يُفِيدُ بِهِ التَّشْرِيعَ وَبَيَانَ الْجَوَازِ.

Traduction : « Son acte ﷺ : il est impossible qu'un muḥarram y figure — en raison de l'obligation de la ʿiṣma. Et [il est impossible qu'y figure] un makrūh — en raison de la rareté de son occurrence chez les simples musulmans, alors a fortiori chez le maître des vertueux. — Et moi je dis : il est inconcevable qu'un makrūh provienne de lui ﷺ. Car lorsqu'il accomplit un acte qui serait makrūh pour nous, ce n'est pas makrūh pour lui, parce qu'il en tire ainsi législation par l'acte et clarification de la licéité. »

Trois apports de Zarkashī

  • Le glissement de la rareté à l'impossibilité : Subkī avait dit « rare » (nudra) ; Zarkashī dit « inconcevable » (lā yutaṣawwar). Ce n'est plus un argument statistique, c'est un argument structurel.
  • L'argument du tashrīʿ : tout acte du Prophète ﷺ a une fonction d'enseignement. Si un acte serait makrūh chez le fidèle ordinaire, le fait que le Prophète ﷺ l'accomplisse en démontre la licéité — et cette démonstration est elle-même un service rendu à la communauté, donc méritoire
  • Le renversement de qualification : ce qui serait makrūh pour nous (par exemple un wuḍūʾ à 1× au lieu de 3×) change de statut dans son cas — non parce que la règle change, mais parce que le contexte de l'acte change : il devient bayān al-jawāz

L'appui d'Ibn al-Rifʿa

Zarkashī cite Ibn al-Rifʿa, dans son commentaire sur la combinaison entre l'adhān et l'iqāma : « Une chose peut être makrūh pour nous et accomplie par le Prophète ﷺ pour démontrer la licéité ; et alors, dans son cas à lui ﷺ, elle devient plus méritoire [que l'alternative régulière]. » (الشيء قد يكون مكروهًا ويفعله النبي ﷺ لبيان الجواز ويكون أفضل في حقه).

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Exemple — l'exemple de Nawawī sur le wuḍūʾ

Concrétisation par un acte rituel
Le Prophète ﷺ a accompli son wuḍūʾ tantôt à 1×, tantôt à 2×, alors que sa pratique régulière était à 3×. Comment expliquer ces variantes ?
Exemple Concret

L'analyse de Nawawī

Pour le fidèle ordinaire, la sunna du wuḍūʾ est de répéter chaque lavage trois fois (3×). Réduire à une seule (1×) ou à deux (2×) serait khilāf al-awlā — quitter le préférable.

Or il est rapporté que le Prophète ﷺ a accompli son wuḍūʾ à une seule fois (rapporté par al-Dārimī d'Ibn ʿAbbās, isnād ṣaḥīḥ selon Nawawī) ; et à deux fois (rapporté par Ibn Mājah d'Ubayy ibn Kaʿb). Comment expliquer ces variantes ?

Réponse de Nawawī (Majmūʿ) : « Les savants ont dit : à ce moment-là, [accomplir 1× ou 2×] était plus méritoire en sa personne que la triple répétition — pour la clarification de la licéité [bayān al-jawāz]. »

3

Le tanbīh sur khilāf al-awlā

Une catégorie oubliée par les uṣūlīs
Subkī mentionne le ḥarām et le makrūh ; Zarkashī signale que les uṣūlīs ont passé sous silence le statut de khilāf al-awlā. La même logique s'applique.
Précision Catégorie

Pourquoi ce silence ?

Le matn de Subkī ne traite que de deux statuts négatifs : ḥarām et makrūh. Mais entre le makrūh et le mubāḥ existe un statut intermédiaire, plus léger : khilāf al-awlā — l'acte qui n'est pas blâmable mais qui n'est pas le préférable. Zarkashī fait remarquer : « Ils ont gardé le silence sur le khilāf al-awlā, et il y a là ce que nous avons mentionné pour le makrūh » (سكتوا عن خلاف الأولى وفيه ما ذكرنا في المكروه).

Conséquence : ce que la science des uṣūl a omis, Zarkashī le complète : si le Prophète ﷺ accomplit un acte qui pour nous serait khilāf al-awlā, ce n'est pas khilāf al-awlā dans son cas, exactement parce que l'acte sert de tashrīʿ. Le silence des uṣūlīs n'est donc pas une lacune dogmatique, mais une simplification : la règle générale (acte = mission enseignante) couvre tous les statuts négatifs léger ou lourd.

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À retenir

5 principes essentiels
Le statut juridique des actes prophétiques se construit par exclusions et inversions.
  • L'acte du Prophète ﷺ ne peut être ḥarām — exclu par la ʿiṣma (carte 2)
  • L'acte du Prophète ﷺ ne peut être makrūh — exclu chez Subkī par al-nudra, chez Zarkashī par structure (lā yutaṣawwar)
  • L'argument décisif de Zarkashī : tout acte prophétique est tashrīʿ et bayān al-jawāz — donc méritoire en sa personne, même quand il serait blâmable chez nous
  • Ibn al-Rifʿa précise : un acte makrūh pour nous peut devenir plus méritoire pour lui ﷺ quand il sert à démontrer la licéité
  • Zarkashī étend la règle au khilāf al-awlā, oublié par les uṣūlīs : la même logique s'applique — exemple du wuḍūʾ 1× ou 2× chez Nawawī
?

Question de révision

Tester sa compréhension
Une question simple pour vérifier la maîtrise avant la carte suivante.

Question

« Reconstituez le raisonnement de Zarkashī par lequel un acte qui serait makrūh pour nous devient méritoire dans la personne du Prophète ﷺ. Pourquoi le statut juridique d'un acte n'est-il pas absolu, mais relatif à la fonction de celui qui l'accomplit ? Appuyez-vous sur l'exemple du wuḍūʾ rapporté par Nawawī. »

🧠 Grille mnémotechnique

1
EXCLUSION 1
Pas de ḥarām
par ʿiṣma
2
EXCLUSION 2
Pas de makrūh
par nudra (Subkī)
3
THÈSE
Lā yutaṣawwar
structure (Zarkashī)
4
PRINCIPE
Tashrīʿ + bayān al-jawāz
le wuḍūʾ 1× / 2×