Quand parole et acte du Prophète ﷺ semblent en conflit · Trois cas selon le destinataire · Mécanique du nāsikh, du tarjīḥ et du takhṣīṣ
Couronnement de la Famille A du Kitāb al-Sunna, cette masʾala traite la question la plus délicate : que faire lorsqu'une parole et un acte du Prophète ﷺ semblent se contredire ? Subkī construit sa réponse en architecte. D'abord un présupposé : il faut un dalīl qui établisse que la portée de la parole est récurrente (takarrur muqtaḍā al-qawl) — sinon, pas de conflit possible. Ensuite, trois cas selon que la parole vise le Prophète ﷺ seul, la communauté seule, ou les deux. Pour chaque cas, des sous-règles : si la chronologie est connue, le plus récent abroge ; si elle est inconnue, on choisit entre privilégier la parole, l'acte, ou suspendre. Al-Zarkashī, dans le Tashnīf al-Masāmiʿ, soulève ici une question méthodologique majeure : peut-il y avoir conflit entre deux actes ? Et il introduit un apport propre à Subkī : l'acte spécifique précédent peut servir de takhṣīṣ du ʿāmm postérieur.
Disponible sur ordinateur
« Et lorsque la parole et l'acte sont en conflit, et qu'un dalīl indique la récurrence de ce qu'exige la parole : si elle est spécifique à lui, le plus récent abroge ; si la chronologie est ignorée, l'avis le plus correct est la suspension. Si elle est spécifique à nous, il n'y a pas de conflit le concernant ; pour la communauté, le plus récent abroge si [un dalīl] indique l'imitation ; si la chronologie est ignorée, l'avis le plus correct est qu'on opère sur la parole. Si elle est générale pour nous et pour lui, l'antériorité de l'acte ou de la parole pour lui et la communauté suit ce qui précède — sauf si le ʿāmm est manifeste. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Sunna (taʿāruḍ al-qawl wa-l-fiʿl) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 13-16
Toutes les cartes précédentes ont préparé celle-ci : la ʿiṣma garantit que les deux énoncés sont vrais ; les règles d'imitation (tāʾasī) imposent que l'on les suive ; les distinctions wujūb / nadb / ibāḥa fixent le statut de chacun. Mais que faire quand ils s'opposent ? La réponse de Subkī est une matrice : le statut de la parole (spécifique au Prophète, à la communauté, ou général) × la connaissance de la chronologie (connue ou ignorée) × la nature de la portée (nāṣṣ ou ẓāhir). Zarkashī ouvre la masʾala par une triple distinction préalable : le conflit est possible (a) entre deux actes, (b) entre deux paroles, ou (c) entre parole et acte. Pour la majorité des récents, le premier cas est impossible car les actes n'ont pas de ʿumūm. Pour les paroles, le débat se règle au chapitre du taʿādul wa-l-tarjīḥ. Reste donc, pour ce livre, le seul cas du conflit qawl/fiʿl.
Si une parole du Prophète ﷺ vaut une seule fois (par exemple : « Aujourd'hui, faites cela »), elle s'épuise dans son occurrence ; un acte ultérieur ne peut pas la contredire — l'objet de la parole n'existe plus. Pour qu'il y ait vrai conflit, il faut que la parole pose une règle permanente. C'est le sens de takarrur muqtaḍā al-qawl : la portée de la parole se renouvelle pour chaque cas semblable, et donc l'acte ultérieur tombe sous son empire.
Traduction : « Le conflit (taʿāruḍ) entre deux choses est leur opposition de telle manière que chacune empêche ce qu'exige l'autre. La division rationnelle en est triple : soit deux actes s'opposent, soit deux paroles, soit un acte et une parole. Le premier cas — selon les récents — n'est pas concevable ; car si le statut juridique de deux actes paraît contradictoire, il est admis que l'acte soit, à un moment donné, ainsi, et autrement à un autre moment — car les actes n'ont pas de généralité. »
Le Prophète ﷺ se dit à lui-même (par exemple : « Il m'est ordonné de faire X »), puis on observe qu'il accomplit ¬X. Conflit interne. La parole et l'acte le concernent tous deux, donc il n'y a pas de répartition par destinataire — il faut trancher.
La parole est ʿāmm — par exemple : « Cet acte est obligatoire pour les mukallafīn ». Le Prophète ﷺ entre dans le ʿumūm (il fait partie des mukallafīn) ; nous aussi. La règle générale, dit Subkī, est de revenir au cas 1 : « kamā marra » — comme on l'a vu plus haut.
Mais une exception majeure : si la parole ʿāmm est ẓāhir (manifeste, et non strictement nāṣṣ), alors un acte spécifique antérieur peut servir de takhṣīṣ du ʿāmm postérieur.
« Pourquoi Subkī retient-il le waqf comme avis le plus correct dans le cas 1 (parole spécifique au Prophète ﷺ), alors qu'il retient l'opération sur la parole dans le cas 2 (parole spécifique à la communauté), lorsque la chronologie est ignorée dans les deux cas ? Quelle est la raison technique qui justifie cette différence de traitement ? »