بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Carte N°44

الوَاجِبُ المُوَسَّعُ

Al-wājib al-muwassaʿ · L'obligation au temps étendu · Le temps long et la psychologie du mukallaf

Quand le temps qui m'est donné pour accomplir une obligation est plus long que la durée de l'acte lui-même — comme la prière de Ẓuhr dont l'intervalle dure plusieurs heures alors que la prière en prend quelques minutes — où, exactement, l'obligation s'accroche-t-elle ? Au début ? À la fin ? À toute la durée ? Cette masʾala explore une question apparemment technique mais d'une portée existentielle : quelle marge de manœuvre la Loi laisse-t-elle au mukallaf ? La position d'al-Subkī, suivant la majorité, est libératrice : toute la durée est un temps de permission. Pas de panique, pas même besoin de former une résolution explicite si l'on retarde. La carte se déploie ensuite dans les cas-limites : que faire quand on pense mourir avant la fin du temps ? Quand on pense survivre ? Et la règle change-t-elle pour le ḥajj, dont le temps est la vie entière ?

مَسْأَلَةٌ: الأَكْثَرُ أَنَّ جَمِيعَ وَقْتِ الظُّهْرِ جَوَازًا، وَنَحْوُهُ وَقْتٌ لِأَدَائِهِ، وَلَا يَجِبُ عَلَى المُؤَخِّرِ العَزْمُ عَلَى الامْتِثَالِ، خِلَافًا لِقَوْمٍ، وَقِيلَ: الأَوَّلُ فَإِنْ أُخِّرَ فَقَضَاءٌ، وَقِيلَ: الآخِرُ فَإِنْ قَدَّمَ فَتَعْجِيلٌ، وَالحَنَفِيَّةُ: مَا اتَّصَلَ بِهِ الأَدَاءُ مِنَ الوَقْتِ وَإِلَّا فَالآخِرُ. وَالكَرْخِيُّ: إِنْ قَدَّمَ وَقَعَ وَاجِبًا بِشَرْطِ بَقَائِهِ مُكَلَّفًا. وَمَنْ أَخَّرَ مَعَ ظَنِّ المَوْتِ عَصَى، فَإِنْ عَاشَ وَفَعَلَهُ فَالجُمْهُورُ: أَدَاءٌ، وَالقَاضِيَانِ أَبُو بَكْرٍ وَالحُسَيْنُ: قَضَاءٌ. وَمَنْ أَخَّرَ مَعَ ظَنِّ السَّلَامَةِ فَالصَّحِيحُ لَا يَعْصِي، بِخِلَافِ مَا وَقْتُهُ العُمْرُ كَالحَجِّ.

« Mas'ala : La majorité (dit) : toute la durée du Ẓuhr est temps de permission, et de même tout intervalle est temps pour son adāʾ. Celui qui retarde n'a pas à former la résolution d'accomplir, à l'opposé d'un groupe. On a dit : c'est le début (qui est obligatoire), s'il retarde c'est qaḍāʾ. On a dit : c'est la fin, s'il avance c'est anticipation. Les Ḥanafites : ce à quoi l'adāʾ est connecté du temps, sinon la fin. Al-Karkhī : s'il avance, c'est obligatoire à condition qu'il reste mukallaf. Celui qui retarde avec présomption de mort est en péché, et s'il vit et l'accomplit : la majorité dit adāʾ, les deux Qāḍī Abū Bakr et al-Ḥusayn disent qaḍāʾ. Celui qui retarde avec présomption de sécurité, le correct est qu'il n'est pas en péché — sauf pour ce dont le temps est la vie entière (comme le ḥajj). »

Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Aḥkām taklīfiyya, masʾala 44 (الواجب الموسّع)

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Quand on a le temps

La majorité des obligations cultuelles ont un temps long — un intervalle bien plus large que la durée de l'acte. La prière de Ẓuhr dure quelques minutes ; son intervalle, plusieurs heures. Le ḥajj prend quelques jours ; son temps, toute une vie. Cette générosité du sharʿ pose une question subtile : à quel moment précis de cet intervalle l'obligation s'accroche-t-elle ? Est-ce au début (et tout retard serait faute) ? À la fin (et toute avance serait simple anticipation) ? Ou bien à toute la durée (et le mukallaf a une vraie liberté de choix) ? La réponse d'al-Subkī, suivant la majorité, est toute la durée est ouverte : jamīʿu waqt al-Ẓuhr jawāzan. C'est une réponse libératrice — pas de panique, pas même besoin d'une ʿazm formelle. La Loi est large. Mais cette latitude se limite à la mesure : devant la présomption de mort, le retard devient faute ; et pour le ḥajj, dont le temps est la vie même, on ne peut pas attendre indéfiniment, car nul ne sait quand son temps s'arrête.

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Vocabulaire essentiel

الوَاجِبُ المُوَسَّعal-wājib al-muwassaʿ
L'obligation au temps étendu : son temps d'accomplissement est plus long que la durée de l'acte (Ẓuhr, ḥajj).
الوَاجِبُ المُضَيَّقal-wājib al-muḍayyaq
L'obligation au temps étroit : son temps coïncide exactement avec la durée de l'acte (jeûne du jour de Ramaḍān).
العَزْمal-ʿazm
La résolution ferme : intention décidée d'accomplir l'obligation. Question : faut-il l'exiger explicitement de celui qui retarde ?
الجَوَازal-jawāz
La permission : le temps où il est permis d'accomplir, sans contrainte d'urgence. Toute la durée du Ẓuhr est jawāz.
التَّعْجِيلal-taʿjīl
L'anticipation : accomplir avant le moment où l'obligation est attachée. Selon la 4e position, accomplir Ẓuhr au début est un taʿjīl.
القَضَاءal-qaḍāʾ
Le rattrapage : accomplissement après la sortie du temps. Selon la 3e position, retarder Ẓuhr serait déjà du qaḍāʾ.
الكَرْخِيal-Karkhī
ʿUbayd Allāh b. al-Ḥusayn al-Karkhī (m. 340/952), shaykh des Ḥanafites de Bagdad. Position singulière sur l'avance conditionnelle.
ظَنُّ المَوْتẓann al-mawt
La présomption de mort : croire raisonnablement qu'on mourra avant la fin du temps. Cas-limite qui rend le retard fautif.
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Définition — l'obligation au temps étendu

Wājib muwassaʿ vs. wājib muḍayyaq · cadre conceptuel
Le muwassaʿ est l'obligation dont le temps dépasse la durée de l'acte. Toutes les prières quotidiennes en sont des exemples. La masʾala traite de la psychologie de cette latitude.
DéfinitionCadre

Distinction muwassaʿ / muḍayyaq

Les uṣūliyyūn divisent les obligations à temps fixé en deux types selon le rapport entre la durée du temps imparti et la durée de l'acte :

  • Muwassaʿ (étendu) : le temps imparti est plus long que l'acte. Exemple : la prière de Ẓuhr — l'intervalle (de zawāl à l'entrée du ʿaṣr) dure plusieurs heures, mais la prière prend quelques minutes.
  • Muḍayyaq (étroit) : le temps imparti coïncide avec la durée de l'acte. Exemple : le jeûne du jour de Ramaḍān — du fajr au maghrib, il faut jeûner toute la durée.

Pourquoi cette masʾala compte

Quand le temps est étendu, une question se pose : à quel moment précis l'obligation s'accroche-t-elle ? La réponse n'est pas simple, et elle a des conséquences pratiques :

  • Si l'obligation s'accroche au début, alors retarder serait déjà du qaḍāʾ.
  • Si elle s'accroche à la fin, alors avancer serait simple taʿjīl.
  • Si elle s'accroche à toute la durée, le mukallaf a une réelle liberté.
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Position majoritaire — toute la durée est jawāz

Al-akthar · jamīʿu al-waqt jawāzan + pas de ʿazm requise
La majorité des fuqahāʾ et des mutakallimūn — qu'al-Subkī suit — affirme que toute la durée du Ẓuhr est temps de permission. Le mukallaf peut accomplir à n'importe quel moment, et n'a même pas à former une ʿazm formelle s'il retarde.
MajoritéSubkī

La règle générale

Al-Subkī rapporte la position de al-akthar — la majorité des fuqahāʾ et des mutakallimūn : « jamīʿu waqt al-Ẓuhr jawāzan, wa-naḥwuhu waqtun li-adāʾihi ». Soit :

  • Tout l'intervalle du Ẓuhr (de zawāl à l'entrée du ʿaṣr) est temps de permission (jawāz).
  • De même pour les autres prières et les autres obligations à temps étendu.
  • À n'importe quel moment de cet intervalle où le mukallaf accomplit, il accomplit en temps d'adāʾ.

Le sharḥ précise : « jawāzan » qualifie le type de temps — le temps de permission, distinct du temps de nécessité (ḍarūra) qui ne concerne que la fin extrême de l'intervalle.

Pas de ʿazm exigée

Conséquence importante : « lā yajibu ʿalā al-muʾakhkhir al-ʿazmu ʿalā al-imtithāl ». Celui qui décide de retarder son accomplissement n'a pas à former intérieurement une résolution explicite de l'accomplir plus tard. Le simple fait que le temps soit ouvert lui suffit.

À l'opposé : un groupe (qawm)

À l'opposé, « khilāfan li-qawm » : un groupe — dont le Qāḍī Abū Bakr al-Bāqillānī parmi les mutakallimūn — soutient que la ʿazm est obligatoire pour celui qui retarde. Leur argument : sans cette résolution, on ne pourrait pas distinguer le wājib muwassaʿ du simple mandūb dont l'accomplissement est libre.

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Positions divergentes — début, fin, Ḥanafites, Karkhī

Quatre cartographies alternatives du temps étendu
Quatre écoles minoritaires localisent l'obligation autrement : au début, à la fin, à la portion connectée à l'acte (Ḥanafites), ou avec la condition de rester mukallaf (al-Karkhī).
Divergences4 positions

Position 3 — al-awwal (le début)

« Wa-qīla : al-awwal, fa-in ukhkhira fa-qaḍāʾ ». L'obligation est attachée au début du temps. Si le mukallaf retarde, ce qu'il accomplit ensuite — bien que dans l'intervalle — est techniquement qaḍāʾ.

  • Conséquence : tout retard est en réalité un rattrapage différé.
  • Position parfois attribuée à al-Sharīf al-Murtaḍā et à certains uṣūliyyūn.

Position 4 — al-ākhir (la fin)

« Wa-qīla : al-ākhir, fa-in qaddama fa-taʿjīl ». L'obligation est attachée à la fin du temps. Si le mukallaf accomplit avant, c'est une simple anticipation (taʿjīl) volontaire.

  • Conséquence : on ne devient strictement « obligé » qu'au moment où l'intervalle est sur le point de finir.
  • Cette position a une logique : le wājib n'est vraiment exigé que lorsque sa non-accomplissement deviendrait fautif.

Position 5 — les Ḥanafites

« Mā ittaṣala bihi al-adāʾu min al-waqti, wa-illā fa-l-ākhir ». La position ḥanafite est subtile :

  • Le temps obligatoire est la portion du temps à laquelle l'accomplissement effectif est rattaché.
  • À défaut (s'il n'a rien fait), c'est la fin qui devient le temps de l'obligation.

Autrement dit : le « moment obligatoire » est déterminé rétroactivement par le comportement du mukallaf — c'est là où il a fait l'acte, ou bien la fin s'il n'a rien fait.

Position 6 — al-Karkhī

Le shaykh des Ḥanafites de Bagdad, ʿUbayd Allāh al-Karkhī (m. 340/952), précise : « in qaddama waqaʿa wājiban bi-sharṭi baqāʾihi mukallafan ». Si le mukallaf accomplit au début, l'acte tombe comme obligatoire — à condition qu'il reste mukallaf jusqu'à la fin du temps.

  • S'il meurt avant la fin du temps : la condition n'est pas remplie ; au sens strict, l'acte avancé n'a pas valu comme obligatoire.
  • S'il reste vivant et capable : l'acte avancé compte pleinement.
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Cas-limite n°1 — retarder avec présomption de mort

Ẓann al-mawt · le retard fautif et le statut de l'acte ultérieur
Celui qui retarde alors qu'il pense mourir avant la fin du temps pèche par ce retard. S'il survit et accomplit ensuite, la majorité dit que c'est adāʾ ; les Qāḍī Abū Bakr et al-Ḥusayn disent qaḍāʾ.
Cas-limiteẒann al-mawt

La règle de base

« Wa-man akhkhara maʿa ẓanni al-mawti ʿaṣā ». Celui qui a une présomption raisonnable de mort imminente — par maladie grave, par danger imminent — et qui malgré cela retarde son accomplissement, commet une faute.

La logique : le temps est large, oui — mais cette latitude suppose une présomption raisonnable de pouvoir accomplir plus tard. Quand cette présomption est inversée (on pense mourir avant la fin), accomplir devient urgent. Retarder dans ces conditions, c'est renoncer en pratique à l'obligation.

S'il survit et accomplit dans le temps

Question subtile : « fa-in ʿāsha wa-faʿalahu » — si malgré ses craintes il vit, et accomplit ensuite (encore dans l'intervalle), quel est le statut juridique de cet acte ?

  • Position du jumhūr (la majorité) : c'est un adāʾ. Il est dans le temps, le temps est ouvert, donc l'acte vaut comme accomplissement régulier dans le temps.
  • Position des deux Qāḍī (Abū Bakr al-Bāqillānī et al-Ḥusayn — sans doute al-Ḥusayn b. al-Qaṭṭān ou un parallèle) : c'est un qaḍāʾ. Puisqu'au moment où l'obligation s'est précisée pour lui (avec la ẓann al-mawt), il aurait dû accomplir immédiatement ; ce qu'il fait après est un rattrapage de cette obligation manquée.

Le péché demeure

Sur un point, tout le monde est d'accord : le mukallaf a péché par son retard initial. La divergence ne porte que sur la qualification technique de l'acte ultérieur (adāʾ ou qaḍāʾ) — pas sur la responsabilité morale.

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Cas-limite n°2 — retarder avec présomption de sécurité + l'exception du ḥajj

Ẓann al-salāma · le retard non fautif et la singularité du temps « al-ʿumr »
Celui qui retarde tout en pensant survivre et accomplir : al-ṣaḥīḥ, il ne pèche pas. Mais cette indulgence ne s'applique pas à ce dont le temps est la vie entière — comme le ḥajj.
Cas-limiteException ḥajj

Le retard avec ẓann al-salāma

« Wa-man akhkhara maʿa ẓanni al-salāmati fa-l-ṣaḥīḥu lā yaʿṣī ». Celui qui retarde alors qu'il pense raisonnablement survivre jusqu'à la fin du temps et accomplir : selon la position correcte, il ne pèche pas.

Pourquoi ? Parce que le sens même du wājib muwassaʿ est de laisser au mukallaf une latitude réelle. Tant qu'il a une raison sérieuse de croire qu'il accomplira, il use de cette latitude légitimement. Le retard n'est fautif que quand cette latitude devient présomption de manquement.

L'exception : « mā waqtuhu al-ʿumr »

Dernière clause, capitale : « bi-khilāfi mā waqtuhu al-ʿumru ka-l-ḥajj ». La règle d'indulgence ne s'applique pas aux obligations dont le temps imparti est la vie entière.

  • Le ḥajj : exemple paradigmatique. Son temps n'est pas une saison ni une année — c'est la vie du mukallaf, du moment où les conditions sont réunies jusqu'à sa mort.
  • Pourquoi l'exception ? Parce que nul ne sait quand il mourra. La « présomption de sécurité » devient illusoire quand le temps imparti est la vie : on ne peut pas raisonnablement parier sur sa propre durée de vie.

Statut du retard dans le ḥajj

Le sharḥ rapporte la divergence interne sur le ḥajj :

  • Position majoritaire : celui qui retarde le ḥajj sans excuse pèche par ce retard ; et il pèche définitivement à la dernière année où il aurait pu l'accomplir, car au-delà il ne peut plus.
  • Position d'al-Zarkashī (rapportant le ṣaḥīḥ) : « al-muwassaʿ bi-l-ʿumr fa-yaʿṣī fīhi bi-l-mawt ʿalā al-ṣaḥīḥ » — celui dont le temps est la vie pèche par la mort elle-même sans avoir accompli, car le retard pour ce type d'obligation est conditionné par la sûreté de la fin.
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Texte du matn — الواجب الموسّع

Source primaire + sharḥ Badr al-Ṭāliʿ
Une masʾala dense qui plie en quelques lignes la cartographie d'un débat technique et la psychologie du mukallaf.
MatnSubkī

Texte du matn

مَسْأَلَةٌ: الأَكْثَرُ أَنَّ جَمِيعَ وَقْتِ الظُّهْرِ جَوَازًا، وَنَحْوُهُ وَقْتٌ لِأَدَائِهِ، وَلَا يَجِبُ عَلَى المُؤَخِّرِ العَزْمُ عَلَى الامْتِثَالِ، خِلَافًا لِقَوْمٍ، وَقِيلَ: الأَوَّلُ فَإِنْ أُخِّرَ فَقَضَاءٌ، وَقِيلَ: الآخِرُ فَإِنْ قَدَّمَ فَتَعْجِيلٌ، وَالحَنَفِيَّةُ: مَا اتَّصَلَ بِهِ الأَدَاءُ مِنَ الوَقْتِ وَإِلَّا فَالآخِرُ. وَالكَرْخِيُّ: إِنْ قَدَّمَ وَقَعَ وَاجِبًا بِشَرْطِ بَقَائِهِ مُكَلَّفًا. وَمَنْ أَخَّرَ مَعَ ظَنِّ المَوْتِ عَصَى، فَإِنْ عَاشَ وَفَعَلَهُ فَالجُمْهُورُ: أَدَاءٌ، وَالقَاضِيَانِ أَبُو بَكْرٍ وَالحُسَيْنُ: قَضَاءٌ. وَمَنْ أَخَّرَ مَعَ ظَنِّ السَّلَامَةِ فَالصَّحِيحُ لَا يَعْصِي، بِخِلَافِ مَا وَقْتُهُ العُمْرُ كَالحَجِّ.

Détail du sharḥ — Badr al-Ṭāliʿ

Le sharḥ commente d'abord la position majoritaire : « al-akthar » — c'est-à-dire « al-akthar mina al-fuqahāʾ wa-mina al-mutakallimīn », la majorité parmi les juristes et les théologiens — affirment « anna jamīʿa waqti al-Ẓuhr jawāzan », que toute la durée du Ẓuhr est temps de permission. « Wa-naḥwuhu » — c'est-à-dire les autres prières des cinq quotidiennes — sont « waqtun li-adāʾihi ». Quel que soit le moment de l'intervalle où le mukallaf accomplit, il accomplit en temps d'adāʾ.

Le sharḥ insiste sur le mot « jawāzan » : il qualifie le type de temps. C'est le temps de permission proprement dit, distinct du temps de fadīla (préférence, le tout début), du temps d'ikhtiyār (choix), et du temps de ḍarūra (nécessité, la toute fin).

Pour la question de la ʿazm : « lā yajibu ʿalā al-muʾakhkhir » — celui qui veut retarder l'accomplissement n'a pas à former « al-ʿazma ʿalā al-imtithāl », la résolution explicite d'accomplir. « Khilāfan li-qawm » — à l'opposé d'un groupe, dont le Qāḍī Abū Bakr al-Bāqillānī, qui exigent cette ʿazm pour distinguer le wājib muwassaʿ du mandūb.

Sur les positions divergentes, le sharḥ rapporte chacune avec son sigle. La position « al-awwal » est attribuée à al-Sharīf al-Murtaḍā ; la position des Ḥanafites est documentée dans Taysīr al-Taḥrīr et Fawātiḥ al-Raḥamūt. Sur al-Karkhī : « in qaddama waqaʿa wājiban bi-sharṭi baqāʾihi mukallafan » — la condition de rester mukallaf est essentielle pour qu'on puisse rétroactivement valider l'acte avancé.

Sur les cas-limites enfin : pour ẓann al-mawt, le sharḥ note que la divergence des deux Qāḍī (adāʾ vs. qaḍāʾ) ne change rien à la responsabilité morale — le retard est fautif chez tous. Pour ẓann al-salāma : la position correcte est qu'il n'y a pas de péché, contre une position minoritaire qui voit dans tout retard une forme de tafrīṭ (négligence). La précision sur le ḥajj : c'est al-Zarkashī dans son Tashnīf al-Masāmiʿ qui rapporte la règle stricte — la mort sans accomplissement est elle-même un péché, car le retard pour l'obligation au temps « al-ʿumr » est conditionné par la sûreté de la fin.

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À retenir

5 principes essentiels
La carte mentale du wājib muwassaʿ.
  • Le wājib muwassaʿ est l'obligation dont le temps est plus long que la durée de l'acte (Ẓuhr, ḥajj, etc.) — par opposition au muḍayyaq où temps et acte coïncident
  • Position d'al-Subkī (majorité) : toute la durée est jawāz — pas besoin de ʿazm formelle pour celui qui retarde, le sharʿ est large
  • Quatre positions divergentes localisent l'obligation autrement : au début (qaḍāʾ si retard), à la fin (taʿjīl si avance), au moment connecté à l'acte (Ḥanafites), ou conditionnellement à rester mukallaf (al-Karkhī)
  • Cas-limite ẓann al-mawt : le retard est fautif ; s'il survit et accomplit, jumhūr dit adāʾ, deux qāḍī disent qaḍāʾ. Cas-limite ẓann al-salāma : le retard n'est pas fautif (ṣaḥīḥ)
  • Exception du ḥajj : son temps est la vie entière — donc la « présomption de sécurité » ne joue plus, car nul ne possède son futur. Le retard prolongé devient fautif
?

Question de révision

Tester sa compréhension
Distinguer les positions et raisonner sur les cas-limites.

Question

« Un mukallaf, en parfaite santé à l'entrée du Ẓuhr, décide de retarder sa prière jusqu'au milieu de l'intervalle, pensant qu'il survivra sans souci. Soudain, à la moitié du temps, il subit un grave accident qui le met en péril de mort imminente. Il accomplit alors immédiatement la prière, et meurt peu après — toujours dans le temps. Selon la position majoritaire d'al-Subkī : (a) son retard initial était-il fautif ? (b) sa prière est-elle adāʾ ou qaḍāʾ ? (c) la réponse changerait-elle si l'obligation était le ḥajj plutôt que la prière ? »

🧠 Grille mnémotechnique — les 5 clés du muwassaʿ

1
CADRE
Muwassaʿ vs. muḍayyaq
temps long vs. étroit
Définition
2
POSITION
Toute la durée jawāz
pas de ʿazm
Al-akthar
3
ALTERNATIVES
Début / fin / Ḥanafites / Karkhī
4 cartographies
Divergences
4
CAS-LIMITES
Ẓann al-mawt = péché
Ẓann al-salāma = OK
Règles morales
5
EXCEPTION
Ḥajj = waqtuhu al-ʿumr
la vie n'est pas garantie
Limite de l'indulgence