Il n'y a de jugement qu'à Allah · Conséquence directe de la définition du ḥukm · Réponse anticipée aux muʿtazilites
Cette masʾala est très courte dans le matn — une seule phrase — mais elle est doctrinalement décisive. Elle découle directement de la définition précédente : si le ḥukm est par définition « le discours d'Allah », alors la raison humaine ne peut en aucun cas être source de jugement légal. Cette phrase ouvre le grand débat avec les muʿtazilites sur le rôle de la raison, qui occupera les masāʾil 6 à 8.
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« Il n'y a donc de jugement qu'à Allah. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Muqaddima, masʾala 5 (لا حكم إلا لله)
Le « fa- » qui ouvre la phrase (« فلا حكم ») n'est pas anodin : c'est un fāʾ tafrīʿiyya, un « donc » de conséquence. Al-Subkī dit littéralement : puisque le ḥukm est défini comme parole d'Allah, donc il n'y a de ḥukm qu'à Allah. La masʾala n'ajoute pas de doctrine nouvelle : elle tire la conséquence de la définition de la masʾala 4. Mais cette conséquence est si polémique avec les muʿtazilites qu'elle mérite d'être posée comme principe à part entière.
Le sharḥ explique le « fa- » initial : « من هنا » — « à partir de cette définition ». La logique est imparable :
Pour les muʿtazilites, la raison perçoit la maṣlaḥa (utilité) ou la mafsada (nuisance) intrinsèque à un acte, et déduit de cette perception un jugement légal : ce qui est utile en soi est ordonné, ce qui est nuisible en soi est interdit. Le rôle du shar' n'est alors que de confirmer ce que la raison a déjà jugé.
Pour ahl al-Sunna, la raison peut reconnaître qu'un acte est utile ou nuisible — mais elle ne produit pas de jugement légal à partir de là. Le ḥukm reste exclusivement parole d'Allah. La raison sert à recevoir, à analyser, à déduire, mais jamais à légiférer.
La raison perçoit clairement que l'honnêteté est utile à la société et que la trahison est nuisible.
Position muʿtazilite : donc l'honnêteté est obligatoire par la raison, et la trahison est interdite par la raison — même avant que le shar' ne le dise.
Position ahl al-Sunna : la raison reconnaît ces utilités. Mais l'obligation et l'interdiction au sens légal n'apparaissent qu'après la parole d'Allah qui qualifie ces actes — par exemple ﴿وَأَوْفُوا بِالْعَهْدِ﴾ qui ordonne de respecter l'engagement, ou les nombreux textes interdisant la trahison.
« فلا حكم إلا لله » — c'est-à-dire à partir d'ici (« من هنا »), et c'est-à-dire que puisque le ḥukm est parole d'Allah, alors « لا حكم إلا لله ». Et donc aucun jugement légal n'appartient à la raison dans toutes les questions sur lesquelles la Muʿtazila prétend que la raison statue, dont une partie sera traitée sous le titre « al-ḥusn wa-l-qubḥ ».
« Pourquoi la phrase « fa-lā ḥukma illā li-Llāh » est-elle une conséquence logique de la définition du ḥukm donnée à la masʾala 4 ? Reconstituez le syllogisme en deux prémisses et une conclusion. »