بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Carte N°5

لَا حُكْمَ إِلَّا لِلهِ

Il n'y a de jugement qu'à Allah · Conséquence directe de la définition du ḥukm · Réponse anticipée aux muʿtazilites

Cette masʾala est très courte dans le matn — une seule phrase — mais elle est doctrinalement décisive. Elle découle directement de la définition précédente : si le ḥukm est par définition « le discours d'Allah », alors la raison humaine ne peut en aucun cas être source de jugement légal. Cette phrase ouvre le grand débat avec les muʿtazilites sur le rôle de la raison, qui occupera les masāʾil 6 à 8.

فَلا حُكْمَ إِلَّا لِلهِ.

« Il n'y a donc de jugement qu'à Allah. »

Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Muqaddima, masʾala 5 (لا حكم إلا لله)

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Une masʾala courte mais centrale

Le « fa- » qui ouvre la phrase (« فلا حكم ») n'est pas anodin : c'est un fāʾ tafrīʿiyya, un « donc » de conséquence. Al-Subkī dit littéralement : puisque le ḥukm est défini comme parole d'Allah, donc il n'y a de ḥukm qu'à Allah. La masʾala n'ajoute pas de doctrine nouvelle : elle tire la conséquence de la définition de la masʾala 4. Mais cette conséquence est si polémique avec les muʿtazilites qu'elle mérite d'être posée comme principe à part entière.

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Vocabulaire essentiel

لَا حُكْمَ إِلَّا لِلهِlā ḥukm illā li-Llāh
Il n'y a de jugement qu'à Allah : la source unique du jugement légal.
العَقْلal-ʿaql
La raison. Pour les muʿtazilites elle peut juger ; pour ahl al-Sunna elle reconnaît, mais ne juge pas légalement.
المُعْتَزِلَةal-Muʿtazila
École rationaliste. Soutient que la raison peut établir des jugements légaux indépendamment de la révélation.
الحُسْن والقُبْحal-ḥusn wa-l-qubḥ
Le bon et le mauvais : terrain principal du débat avec les muʿtazilites (cf. masʾala 6).
1

La conséquence logique de la définition du ḥukm

Une déduction nécessaire
Si le ḥukm est par définition « le discours d'Allah », alors aucune autre source ne peut produire un ḥukm.
MéthodeConséquence

Le raisonnement

Le sharḥ explique le « fa- » initial : « من هنا » — « à partir de cette définition ». La logique est imparable :

  • Prémisse 1 : Le ḥukm = parole d'Allah liée à l'acte du mukallaf (masʾala 4)
  • Prémisse 2 : Or, seul Allah peut produire la parole d'Allah
  • Conclusion : Donc seul Allah produit du ḥukm — لا حكم إلا لله
2

Le débat avec les muʿtazilites

Pourquoi cette précision est nécessaire
Les muʿtazilites soutiennent que la raison établit des jugements légaux. Cette masʾala ferme cette porte avant même qu'elle ne s'ouvre.
DivergenceMuʿtazila

La position muʿtazilite

Pour les muʿtazilites, la raison perçoit la maṣlaḥa (utilité) ou la mafsada (nuisance) intrinsèque à un acte, et déduit de cette perception un jugement légal : ce qui est utile en soi est ordonné, ce qui est nuisible en soi est interdit. Le rôle du shar' n'est alors que de confirmer ce que la raison a déjà jugé.

La position ahl al-Sunna

Pour ahl al-Sunna, la raison peut reconnaître qu'un acte est utile ou nuisible — mais elle ne produit pas de jugement légal à partir de là. Le ḥukm reste exclusivement parole d'Allah. La raison sert à recevoir, à analyser, à déduire, mais jamais à légiférer.

3

Exemple : la maṣlaḥa et le ḥukm

Distinguer reconnaissance et légifération
Reconnaître qu'une chose est utile ne suffit pas à en faire un ḥukm. Il faut un texte révélé qui qualifie cet acte.
ExempleMaṣlaḥa

Cas-test

La raison perçoit clairement que l'honnêteté est utile à la société et que la trahison est nuisible.

Position muʿtazilite : donc l'honnêteté est obligatoire par la raison, et la trahison est interdite par la raison — même avant que le shar' ne le dise.

Position ahl al-Sunna : la raison reconnaît ces utilités. Mais l'obligation et l'interdiction au sens légal n'apparaissent qu'après la parole d'Allah qui qualifie ces actes — par exemple ﴿وَأَوْفُوا بِالْعَهْدِ﴾ qui ordonne de respecter l'engagement, ou les nombreux textes interdisant la trahison.

4

Texte du matn — لا حكم إلا لله

Source primaire + sharḥ
Un seul mot du matn — mais une déduction qui ouvre tout le débat avec la Muʿtazila.
MatnSubkī

Texte du matn

فَلا حُكْمَ إِلَّا لِلهِ.

Détail du sharḥ — Badr al-Ṭāliʿ

« فلا حكم إلا لله » — c'est-à-dire à partir d'ici (« من هنا »), et c'est-à-dire que puisque le ḥukm est parole d'Allah, alors « لا حكم إلا لله ». Et donc aucun jugement légal n'appartient à la raison dans toutes les questions sur lesquelles la Muʿtazila prétend que la raison statue, dont une partie sera traitée sous le titre « al-ḥusn wa-l-qubḥ ».

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À retenir

4 principes essentiels
Le rôle exact de la raison face au ḥukm.
  • La règle « لا حكم إلا لله » est une conséquence de la définition du ḥukm comme « parole d'Allah »
  • Le « fāʾ » initial est un fāʾ tafrīʿiyya : « donc, par conséquent »
  • La raison reconnaît l'utilité et la nuisance — elle ne produit pas de jugement légal
  • Cette masʾala annonce le débat avec la Muʿtazila qui se déploiera dans les masāʾil 6, 7 et 8
?

Question de révision

Tester sa compréhension
Reconstituer la logique de la déduction.

Question

« Pourquoi la phrase « fa-lā ḥukma illā li-Llāh » est-elle une conséquence logique de la définition du ḥukm donnée à la masʾala 4 ? Reconstituez le syllogisme en deux prémisses et une conclusion. »

🧠 Grille mnémotechnique

1
PRÉMISSE 1
Ḥukm = parole d'Allah
Masʾala 4
2
PRÉMISSE 2
Seul Allah parle pour Allah
Évidence
3
CONCLUSION
لا حكم إلا لله
Masʾala 5
4
SUITE
Débat avec la Muʿtazila
Masāʾil 6, 7, 8