La nullité et l'irrégularité · Cinquième catégorie du ḥukm waḍʿī · Le pendant négatif de la ṣiḥḥa
Cette masʾala clôt la séquence du ḥukm waḍʿī par sa face négative. Si la ṣiḥḥa (carte 18) qualifie l'acte conforme, le buṭlān qualifie l'acte non conforme : celui qui ne produit aucun effet juridique. Al-Subkī affirme, avec la majorité des shāfiʿites, mālikites et ḥanbalites, que buṭlān et fasād sont synonymes — un acte invalide est un acte vicié, et un acte vicié est un acte invalide. Mais à cette identification s'oppose la doctrine ḥanafite, qui distingue fondamentalement les deux dans le domaine des transactions (muʿāmalāt) : le bāṭil y atteint l'essence (rukn) du contrat, le fāsid n'en atteint qu'une qualité (waṣf). Cette distinction n'est pas seulement terminologique : elle entraîne des conséquences pratiques (le contrat fāsid transfère la propriété chez le ḥanafite, le bāṭil non) et révèle deux conceptions de la conformité légale. Al-Subkī range cette divergence parmi les masāʾil signalées par khilāfan li-Abī Ḥanīfa.
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« S'oppose à elle (la ṣiḥḥa) le buṭlān, qui est le fasād (la nullité est l'irrégularité), à l'opposé d'Abū Ḥanīfa. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Section du ḥukm waḍʿī, masʾala 20 (البطلان والفساد)
Un acte légal — prière, jeûne, vente, mariage — peut soit se conformer aux exigences de la Loi et produire son effet attendu, soit s'en écarter et ne rien produire. Dans le second cas, on dit qu'il est bāṭil ou fāsid. La question d'al-Subkī est strictement terminologique en apparence : ces deux mots désignent-ils la même réalité, ou deux réalités distinctes ? Pour la majorité, c'est le même acte, vu sous deux angles : bāṭil souligne l'absence d'effet, fāsid souligne le défaut interne. Pour les ḥanafites, ce sont deux régimes juridiques distincts dans les transactions : le bāṭil est mort-né, le fāsid est vivant mais malade. Le débat n'est donc pas un caprice de vocabulaire — il engage la nature même de la conformité légale.
Al-Subkī définit le buṭlān par symétrie avec la ṣiḥḥa de la masʾala précédente : si la ṣiḥḥa est « mawāfaqat dhī al-wajhayn al-sharʿ » (la conformité de l'acte à double face à la Loi), le buṭlān est sa contrariété — « mukhālafat dhī al-wajhayn al-sharʿ ». Dans l'ʿibāda, c'est l'absence d'isqāṭ al-qaḍāʾ (l'acte ne dispense pas du rattrapage) ; dans la muʿāmala, c'est l'absence d'effets juridiques propres.
Le matn ajoute aussitôt : « wa-huwa al-fasād » — « et c'est cela le fasād ». Autrement dit : le mot fasād n'introduit aucune catégorie nouvelle. Dire d'un acte qu'il est bāṭil ou qu'il est fāsid, c'est dire la même chose sous deux mots : qu'il est non conforme à la Loi et ne produit pas l'effet attendu.
Pour Abū Ḥanīfa et son école, la non-conformité d'un acte à la Loi (mukhālafat dhī al-wajhayn li-l-sharʿ) — quand cette non-conformité provient d'une interdiction (nahy) — se laisse répartir en deux selon la nature de ce sur quoi porte l'interdiction :
Cette distinction repose sur une analyse aristotélicienne de l'acte juridique : tout acte se compose d'une essence (les éléments sans lesquels il n'existe pas) et d'accidents (les éléments qui le qualifient sans le constituer). Un défaut dans l'essence empêche l'acte d'exister juridiquement ; un défaut dans l'accident le laisse exister mais le vicie. La métaphore organique est éclairante : un être sans cœur n'est pas vivant ; un être avec une fièvre est vivant mais malade.
La distinction n'est pas terminologique : elle commande des effets juridiques distincts.
Dans les ʿibādāt, l'acte est conçu comme un tout indivisible dont chaque condition et chaque rukn est exigé pour la validité. Une prière sans rukūʿ, un jeûne avec rupture intentionnelle : il n'y a pas de « acte vicié mais existant » à corriger — il faut tout reprendre. Dans le culte, le fasād n'est qu'un autre nom du buṭlān, même chez les ḥanafites.
Dans les muʿāmalāt, à l'inverse, l'acte produit des effets échelonnés dans le temps : transfert de propriété, perception du prix, prise de possession… Les ḥanafites jugent qu'on peut donc isoler l'essence de l'opération (échange consenti d'un objet contre un prix) de ses qualités (mode de paiement, modalité de l'objet…). Le défaut dans l'essence rend l'opération inexistante ; le défaut dans la qualité la rend corrigible.
Le Badr al-Ṭāliʿ donne un exemple ḥanafite typique : « kamā fī bayʿ mā fī al-buṭūn min al-ajinna » — comme la vente des embryons dans le ventre des bêtes. Le contrat est bāṭil car il y a « inʿidām rukn min al-bayʿ » — absence d'un rukn de la vente, à savoir l'objet vendu (mabīʿ) qui n'existe pas comme objet déterminé. Pareillement, la vente de khamr (alcool) : le khamr n'est pas un māl au sens légal, il manque donc à l'objet vendu sa qualité de bien échangeable.
Le sharḥ poursuit : « kamā fī ṣawm yawm al-ʿīd li-l-iʿrāḍ bi-ṣawmihi ʿan ḍiyāfat Allāh » — comme le jeûne du jour de l'ʿĪd, parce que jeûner ce jour-là revient à se détourner de l'invitation d'Allah à manger les viandes du sacrifice qu'Il a légiférées en ce jour. Le jeûne en lui-même n'est pas vicié dans son essence — c'est jeûner ce jour-là qui l'est. D'où : fāsid, vice de qualité.
Et : « wa-kamā fī bayʿ al-dirham bi-l-dirhamayn li-shtimālihi ʿalā al-ziyāda » — comme la vente d'un dirham contre deux dirhams, à cause du surplus usuraire. L'objet (le dirham) est licite, l'échange est licite ; ce qui vicie le contrat, c'est la quantité — un waṣf, non un rukn.
Le sharḥ rapporte un cas-test fameux : celui qui voue de jeûner le jour du sacrifice doit honorer son vœu, car la désobéissance gît dans l'acte et non dans le vœu lui-même. On lui ordonne de rompre ce jeûne et de le rattraper, pour se libérer de la désobéissance tout en accomplissant le vœu. Et s'il l'a quand même jeûné, il est libéré de son vœu — il a accompli le jeûne tel qu'il s'y était engagé : « faqad atā bi-l-fāsid », il a accompli un fāsid, ce qui suffit. Mais le bāṭil, lui, ne libère de rien.
Le sharḥ commente phrase par phrase : « wa-yuqābiluhā » — c'est-à-dire « al-ṣiḥḥa » (la validité, posée à la masʾala précédente) — « al-buṭlān », qui se définit comme « mukhālafat al-fiʿl dhī al-wajhayn li-l-sharʿ », la contrariété de l'acte à double face à la Loi. Et dans l'ʿibāda spécifiquement, c'est « ʿadam isqāṭihi al-qaḍāʾ » — le fait que cet acte ne dispense pas du rattrapage.
Puis : « wa-huwa » — c'est-à-dire ce buṭlān, dont on a dit qu'il est la contrariété de l'acte à double face à la Loi — « al-fasād » aussi, « kullun minhumā mukhālafat mā dhukira li-l-sharʿ » : l'un comme l'autre désigne la contrariété décrite à la Loi. C'est la thèse de la synonymie.
Enfin : « khilāfan li-Abī Ḥanīfa » — à l'opposé d'Abū Ḥanīfa qui dit : « mukhālafat mā dhukira li-l-sharʿ bi-an kāna manhiyyan ʿanhu, in kānat li-kawn al-nahy ʿanhu li-aṣlihi fa-hiya al-buṭlān… aw li-waṣfihi fa-hiya al-fasād » — la contrariété à la Loi, lorsqu'elle vient d'une interdiction : si cette interdiction porte sur l'origine de l'acte, c'est le buṭlān ; si elle porte sur sa qualité, c'est le fasād.
« Un commerçant ḥanafite vend un objet avec un vice de gharar léger ; un commerçant shāfiʿite conclut le même contrat. Selon leurs écoles respectives, dans quel état juridique se trouve la propriété transférée ? Et que doit-on dire de la phrase d'al-Āmidī selon laquelle al-khilāf lafẓī ? »