بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Carte N°21

الأَدَاءُ وَالإِعَادَةُ وَالوَقْتُ

L'accomplissement, la répétition et le temps · Trois concepts liés au moment légal de l'acte · Cœur du fiqh des ʿibādāt

Après avoir traité de la ṣiḥḥa et du buṭlān, al-Subkī tourne le regard vers une autre dimension de l'acte juridique : son rapport au temps. La Loi ne se contente pas d'ordonner un acte ; elle lui fixe un waqt, un moment légal. De ce moment se déduisent trois concepts qui structurent le fiqh des ʿibādāt : l'adāʾ (accomplir dans le temps), l'iʿāda (refaire dans le temps), et — au seuil de la masʾala suivante — le qaḍāʾ (rattraper après le temps). Cette masʾala-ci installe les deux premiers et délimite le concept de waqt qui leur sert de mesure. Deux divergences animent le passage : faut-il pour l'adāʾ que tout l'acte tienne dans le temps, ou seulement une partie ? Et l'iʿāda est-elle motivée par un défaut de la première fois, ou par une excuse qui invite à refaire pour un mérite supplémentaire ?

وَالأَدَاءُ: فِعْلُ بَعْضِ — وَقِيلَ كُلِّ — مَا دَخَلَ وَقْتُهُ قَبْلَ خُرُوجِهِ، وَالمُؤَدَّى: مَا فُعِلَ. وَالوَقْتُ: الزَّمَانُ المُقَدَّرُ لَهُ شَرْعًا مُطْلَقًا. وَالإِعَادَةُ: فِعْلُهُ فِي وَقْتِ الأَدَاءِ، قِيلَ: لِخَلَلٍ، وَقِيلَ: لِعُذْرٍ، فَالصَّلَاةُ المُكَرَّرَةُ مُعَادَةٌ.

« L'adāʾ est : l'accomplissement d'une partie — et on a dit : de la totalité — de ce dont le temps est entré avant qu'il ne sorte. Le muʾaddá est ce qui a été accompli. Le waqt (temps) est : le temps fixé en lui par la Loi de manière absolue. L'iʿāda (répétition) est : l'accomplir dans le temps de l'adāʾ, on a dit pour un défaut, on a dit pour une excuse — et la prière répétée est muʿāda (refaite). »

Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Ḥukm waḍʿī, masʾala 21 (الأداء والإعادة والوقت)

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Le rapport de l'acte au temps légal

Le shar' n'ordonne pas seulement quoi faire, il ordonne quand le faire. Cette dimension temporelle traverse toute l'ʿibāda : ṣalāt, ṣawm, zakāt, ḥajj — tous sont liés à un waqt. De ce waqt naissent les distinctions qu'al-Subkī installe ici. Adāʾ : l'acte est posé dans son temps propre, c'est l'accomplissement régulier. Iʿāda : l'acte est refait, mais encore dans son temps. Qaḍāʾ (masʾala 22 à venir) : l'acte est rattrapé après que le temps est sorti. Trois moments, trois statuts. La subtilité shāfiʿite — qu'al-Subkī défend en plaçant « fiʿl baʿḍi » avant « kullu » — est qu'il suffit qu'une partie de l'acte ait été posée avant la sortie du temps pour que l'ensemble soit qualifié d'adāʾ. Celui qui commence sa prière du Maghrib avant le ʿIshāʾ et la termine après l'a accomplie en adāʾ, non en qaḍāʾ.

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Vocabulaire essentiel

الأَدَاءal-adāʾ
L'accomplissement de l'acte dans son temps légal — le terme désigne ici le maṣdar (l'action), distinct du muʾaddá (l'objet accompli).
المُؤَدَّىal-muʾaddá
Ce qui a été accompli — le mafʿūl. La prière elle-même, par exemple, en tant qu'objet de l'adāʾ.
الوَقْتal-waqt
Le temps fixé par la Loi pour l'acte, de manière absolue. Mesure de l'adāʾ et de l'iʿāda.
الإِعَادَةal-iʿāda
La répétition de l'acte une seconde fois dans son temps légal — soit pour réparer un défaut, soit pour bénéficier d'une excuse méritoire.
خَلَلkhalal
Défaut, manquement — ex. l'oubli d'un rukn ou d'un sharṭ qui motive l'iʿāda.
عُذْرʿudhr
Excuse, motif légitime — ex. avoir prié seul puis trouver une jamāʿa, ce qui invite à refaire.
المُكَرَّرَةal-mukarrara
La prière répétée — exemple type de l'iʿāda quand on prie une seconde fois en jamāʿa après l'avoir faite seul.
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Définition de l'adāʾ — partiel ou total ?

Fiʿl baʿḍ vs fiʿl kull · la position shāfiʿite défendue par al-Subkī
Suffit-il qu'une partie de l'acte soit accomplie avant la sortie du temps, ou faut-il que tout l'acte y tienne ? Al-Subkī place « baʿḍ » en premier — c'est sa préférence.
AdāʾPremière divergence

Position 1 — al-baʿḍ (al-Subkī la favorise)

L'adāʾ est défini comme l'accomplissement d'une partie de l'acte avant la sortie du temps. Si tu as commencé ta prière à l'intérieur du waqt et que tu en termines une portion après que le temps soit sorti, l'ensemble est encore qualifié d'adāʾ.

  • Exemple type : commencer ṣalāt al-Maghrib avant l'entrée du ʿIshāʾ, et terminer après. C'est adāʾ.
  • Position du Nawawī dans al-Majmūʿ : c'est le aṣaḥḥ (l'avis le plus correct) chez les shāfiʿites.
  • Implication pratique : on n'a pas le droit de retarder volontairement la prière au point d'en faire sortir une partie ; mais si cela arrive, l'ensemble reste adāʾ.

Position 2 — al-kull

L'adāʾ exige que la totalité de l'acte soit accomplie à l'intérieur du temps. Si une partie déborde, ce n'est plus adāʾ ; certains disent même que tout l'acte devient qaḍāʾ.

  • Position des Khurāsāniyyūn : tout est qaḍāʾ si une partie déborde.
  • Position d'Abū Isḥāq al-Marwazī : la partie dans le temps est adāʾ, la partie hors temps est qaḍāʾ — un découpage que le sharḥ critique pour son caractère artificiel.
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Le waqt — temps fixé par la Loi

Al-zamān al-muqaddar lahu sharʿan muṭlaqan
Le waqt, c'est le temps que la Loi a fixé pour l'acte, de manière absolue — qu'il s'agisse d'un waqt large, étroit, déterminé ou indéterminé.
WaqtDéfinition

Définition

Al-Subkī définit le waqt comme « al-zamān al-muqaddar lahu sharʿan muṭlaqan » — le temps fixé en lui (l'acte) par la Loi, de manière absolue.

  • Al-zamān : le temps en tant que durée — distinct du moment ponctuel.
  • Al-muqaddar : fixé, mesuré — la Loi a posé une borne.
  • Lahu : pour lui, c'est-à-dire pour cet acte précisément, pas un temps de circonstance.
  • Sharʿan : c'est la Loi qui fixe, pas la coutume ni la raison.
  • Muṭlaqan : de manière absolue — que ce soit un waqt large (mūsiʿ), étroit (muḍayyaq), précis ou ouvert, peu importe : tout cela est englobé.

Types de waqt (préparation à la masʾala 44)

  • Waqt muqaddar (déterminé) : Ẓuhr a un début et une fin précis.
  • Waqt mūsiʿ (large) : on peut accomplir l'acte à différents moments du temps fixé (la plupart des prières).
  • Waqt muḍayyaq (étroit) : le temps tient juste l'acte, sans marge (ex. ṣawm Ramaḍān : le jour entier).
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Définition de l'iʿāda — pour défaut ou pour excuse ?

Li-khalalin vs li-ʿudhrin · la seconde divergence
L'iʿāda, c'est refaire l'acte dans le temps de l'adāʾ. Mais pourquoi le refaire ? Pour réparer un défaut, ou pour profiter d'une excuse qui invite à mieux ?
IʿādaSeconde divergence

Définition de base

L'iʿāda, c'est accomplir l'acte une seconde fois dans le temps de l'adāʾ. Le critère central est le waqt : si on refait après sa sortie, ce n'est plus iʿāda mais qaḍāʾ (masʾala 22).

Position 1 — li-khalalin (pour un défaut)

Le motif de la répétition est un défaut dans le premier accomplissement : oubli d'un rukn, omission d'un sharṭ, najāsa découverte ensuite, etc.

  • Exemple : prier en oubliant la fātiḥa, puis refaire la prière complète une fois l'oubli avéré.
  • Exemple : prier avec une najāsa cachée, puis refaire après l'avoir découverte.
  • C'est la position que le sharḥ qualifie de mashhūr et qu'a tranchée l'Imām al-Rāzī ; Ibn al-Subkī la favorise.

Position 2 — li-ʿudhrin (pour une excuse)

Le motif n'est pas un défaut mais une excuse positive : un mérite à acquérir, comme la jamāʿa.

  • Exemple : prier seul, puis trouver une jamāʿa et refaire avec eux pour le mérite — la première était valide, la seconde est muʿāda par excuse.
  • Cette position couvre le cas où la première prière était parfaitement correcte.
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Le cas de la prière répétée (al-mukarrara muʿāda)

L'illustration concrète d'al-Subkī
Celui qui prie seul puis refait sa prière en jamāʿa avant la sortie du waqt — la seconde s'appelle muʿāda. Et la première compte comme farḍ, la seconde comme nāfila.
ApplicationMukarrara

Le scénario du sharḥ

Le sharḥ donne l'exemple paradigmatique : « al-ṣalāt al-mukarrara hiya fī l-aṣl al-mafʿūla fī waqt al-adāʾ fī jamāʿatin baʿda al-infirād min ghayri khalal » — la prière répétée, dans son sens premier, c'est celle accomplie dans le temps de l'adāʾ en groupe après l'avoir faite seul, sans qu'il y ait eu défaut.

Statut juridique des deux prières

Selon les shāfiʿites, qu'est-ce qui « compte » entre les deux ? La doctrine majoritaire :

  • La première prière (faite seul) est al-farḍ — c'est elle qui acquitte l'obligation.
  • La seconde prière (en jamāʿa) est nāfila (surérogatoire) — elle apporte le mérite de la jamāʿa, sans être une obligation refaite.

Pourquoi cet exemple éclaire la divergence

Le cas de la mukarrara est l'argument-clé en faveur de la position « li-ʿudhrin » :

  • Si l'iʿāda est uniquement pour défaut, la mukarrara n'en est pas, puisqu'il n'y a pas de défaut.
  • Si l'iʿāda est aussi pour excuse, alors la mukarrara en est un cas typique — c'est l'usage des fuqahāʾ.
  • Le sharḥ note : « al-awwal huwa al-mashhūr » — la première position est la plus connue — mais l'usage juridique pratique tend vers la seconde.
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Distinction adāʾ / iʿāda / qaḍāʾ

Trois statuts, trois rapports au waqt
L'adāʾ est premier dans le temps ; l'iʿāda est second mais encore dans le temps ; le qaḍāʾ (masʾala 22) est après le temps. Trois moments, trois noms.
SynthèseTableau

Adāʾ — le premier accomplissement dans le temps

L'acte est posé pour la première fois, à l'intérieur de son waqt légal. C'est le cas régulier, normal, sans incident. La majorité des actes d'ʿibāda d'un fidèle sont des adāʾāt.

Iʿāda — la répétition encore dans le temps

L'acte a déjà été accompli une fois, mais on le refait avant que le waqt ne sorte. Pourquoi ? Soit pour réparer un défaut (khalal), soit pour profiter d'un mérite (ʿudhr) — selon les deux positions vues plus haut.

Qaḍāʾ — le rattrapage après le temps

L'acte n'a pas été accompli dans son waqt — soit par oubli, soit par excuse, soit par négligence. On le rattrape après que le temps soit sorti. Ce sera l'objet de la masʾala 22.

Remarque finale du sharḥ

Le sharḥ note une discussion : « hal al-iʿāda qism min al-adāʾ ? » — l'iʿāda est-elle une espèce de l'adāʾ, ou un genre à part ? Selon Ibn al-Subkī (citant les uṣūliyyūn), al-adāʾ est le nom de tout ce qui est fait dans le waqt, qu'il soit premier ou répété — donc l'iʿāda est un sous-cas de l'adāʾ, distinguée par sa secondarité. Cet avis est rapporté du Bayḍāwī et d'autres.

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Texte du matn — الأداء والإعادة والوقت

Source primaire + sharḥ Badr al-Ṭāliʿ
Une masʾala dense, structurée en quatre temps : adāʾ, muʾaddá, waqt, iʿāda. Lecture commentée.
MatnSubkī

Texte du matn

وَالأَدَاءُ: فِعْلُ بَعْضِ — وَقِيلَ كُلِّ — مَا دَخَلَ وَقْتُهُ قَبْلَ خُرُوجِهِ، وَالمُؤَدَّى: مَا فُعِلَ. وَالوَقْتُ: الزَّمَانُ المُقَدَّرُ لَهُ شَرْعًا مُطْلَقًا. وَالإِعَادَةُ: فِعْلُهُ فِي وَقْتِ الأَدَاءِ، قِيلَ: لِخَلَلٍ، وَقِيلَ: لِعُذْرٍ، فَالصَّلَاةُ المُكَرَّرَةُ مُعَادَةٌ.

Détail du sharḥ — Badr al-Ṭāliʿ

Le sharḥ commente d'abord « wa-l-adāʾ : fiʿlu baʿḍi — wa-qīla kulli — mā dakhala waqtuhu qabla khurūjihi » — al-Subkī place « baʿḍ » avant « kull » pour signaler sa préférence pour la première position. Le sharḥ précise : que l'acte soit wājib ou nāfila, le terme adāʾ s'applique. Et « mā dakhala waqtuhu » implique que l'acte ait un waqt — ce qui exclut les nawāfil muṭlaqa qui n'en ont pas.

Puis : « wa-l-muʾaddá : mā fuʿila » — le muʾaddá est ce qui est accompli. Le sharḥ explique pourquoi al-Subkī donne deux définitions : celle du maṣdar (l'adāʾ comme action) et celle du mafʿūl (le muʾaddá comme objet). C'est une réponse à Ibn al-Ḥājib qui définissait l'adāʾ par « mā fuʿila » — confondant ainsi action et objet.

Sur le waqt : « al-zamān al-muqaddar lahu sharʿan muṭlaqan » — le sharḥ note que muṭlaqan est essentiel : il englobe le mūsiʿ et le muḍayyaq, sans préjuger du débat à venir.

Sur l'iʿāda : « fiʿluhu fī waqt al-adāʾ » — le sharḥ commente que le pronom « hu » renvoie à la chose (l'acte). Et la double position (« qīla li-khalalin, wa-qīla li-ʿudhrin ») est exposée sans trancher : « lam yurajjiḥ ». Cependant, le sharḥ note qu'al-Subkī a employé « qīl » pour les deux par prudence, parce que l'usage des fuqahāʾ tend vers la seconde (li-ʿudhrin) — confirmé par la phrase finale sur la mukarrara.

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À retenir

5 principes essentiels
Les repères pour distinguer adāʾ, iʿāda, waqt — et pour anticiper le qaḍāʾ.
  • L'adāʾ, c'est fiʿl baʿḍ de l'acte avant la sortie du waqt — al-Subkī favorise cette position contre celle qui exige kull
  • Le waqt est al-zamān al-muqaddar lahu sharʿan muṭlaqan — le temps fixé par la Loi, absolument (toutes formes incluses)
  • L'iʿāda = refaire l'acte dans le temps de l'adāʾ ; deux motifs concurrents : li-khalalin (défaut) ou li-ʿudhrin (excuse, ex. la jamāʿa)
  • La ṣalāt al-mukarrara (priée seul puis en groupe) est muʿāda — la première compte comme farḍ, la seconde comme nāfila
  • Distinction triadique : adāʾ (premier dans le temps), iʿāda (second mais dans le temps), qaḍāʾ (après le temps — masʾala 22 à venir)
?

Question de révision

Tester sa compréhension
Appliquer les définitions à un cas concret de prière.

Question

« Zayd a commencé sa prière du Maghrib trois minutes avant l'entrée du ʿIshāʾ ; il l'a terminée deux minutes après. Puis, voyant une jamāʿa qui s'apprête à prier le Maghrib (au seuil du waqt), il la rejoint et prie avec eux. Comment qualifier les deux prières de Zayd selon al-Subkī ? Que diriez-vous si la position adoptée était fiʿl kull au lieu de fiʿl baʿḍ ? »

🧠 Grille mnémotechnique — les 4 repères

1
ADĀʾ
Fiʿl baʿḍ qabla khurūj al-waqt
premier dans le temps
Position d'al-Subkī
2
IʿĀDA
Fiʿluhu fī waqt al-adāʾ
li-khalalin / li-ʿudhrin
Second dans le temps
3
WAQT
Al-zamān al-muqaddar
sharʿan muṭlaqan
Mesure légale
DISTINCTION
Adāʾ / Iʿāda / Qaḍāʾ
dans / dans-second / après
Vers la masʾala 22