La définition essentielle · L'outil de l'outil · Comment construire un bon ḥadd
L'uṣūlī passe son temps à définir : il définit l'uṣūl al-fiqh, le fiqh, le ḥukm, le dalīl, le sabab, le sharṭ, le ʿāmm, le khāṣṣ… Mais sur quel critère une définition est-elle valide ? Cette masʾala — l'une des plus brèves du livre — est en réalité l'outil de l'outil : elle énonce les conditions formelles qu'une définition doit satisfaire pour mériter le nom de ḥadd. Al-Subkī donne la règle dans deux vocabulaires équivalents — l'un kalāmī (al-jāmiʿ al-māniʿ), l'autre logique (al-muṭṭarid al-munʿakis) — et laisse au lecteur le soin d'appliquer ce critère à toutes les définitions des masāʾil précédentes.
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« Le ḥadd est : ce qui rassemble et exclut — et on dit aussi : ce qui est universellement applicable et universellement réversible. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Muqaddima, masʾala 26 (الحدّ)
Un ḥadd n'est pas une simple description : c'est une formule qui, idéalement, épuise sans déborder. Elle doit couvrir tous les individus de la chose définie (jāmiʿ) et aucun autre (māniʿ). En langage logique, elle doit s'appliquer chaque fois que la chose est présente (munʿakis) et seulement quand elle l'est (muṭṭarid). Ces quatre mots sont les quatre angles du même carré : ils disent qu'une définition valide ne laisse rien dehors et ne laisse rien d'étranger entrer. Le sharḥ (Badr al-Ṭāliʿ) commente : « al-jāmiʿ : ay li-afrād al-maḥdūd ; al-māniʿ : ay min dukhūl ghayrihā fīhi ».
Le sharḥ rapporte que cette formulation est celle du qāḍī Abū Bakr al-Bāqillānī et qu'elle est « bi-maʿnā » — synonyme — de la phrase d'al-Subkī.
Pense à la définition comme à un récipient : jāmiʿ = il contient toute l'eau qu'il doit contenir ; māniʿ = il ne fuit pas et ne laisse rien d'extérieur s'y mêler. Une définition qui manque l'une des deux qualités est défectueuse.
Le sharḥ explicite : « al-muṭṭarid : ay alladhī kullamā wujida wujida al-maḥdūd » — applicable universellement, c'est-à-dire que chaque fois qu'il est présent, le défini l'est ; « al-munʿakis : ay alladhī kullamā wujida al-maḥdūd wujida huwa » — réversible, c'est-à-dire que chaque fois que le défini est présent, lui aussi l'est.
Le sharḥ tranche : « fa-muʾaddā al-ʿibāratayn wāḥid » — les deux formulations disent la même chose. Mais il ajoute aussi : « wa-l-ūlā awḍaḥ » — la première (jāmiʿ / māniʿ) est plus claire. Le vocabulaire logique a la précision technique ; le vocabulaire kalāmī a la lisibilité immédiate.
« L'animal rationnel » pour l'homme :
« L'animal qui marche » pour l'homme :
« L'animal qui écrit en acte » pour l'homme :
Le sharḥ explicite : « al-ḥadd ʿinda al-manāṭiqa : mā tarakkaba min dhātiyyāt al-shayʾ ay jinsihi wa-faṣlihi » — chez les logiciens, le ḥadd est ce qui se compose des essentiels de la chose, c'est-à-dire son jins (genre prochain) et son faṣl (différence spécifique).
Le sharḥ : « wa-ammā al-tarkīb min al-dhātī wa-l-ʿaraḍī… aw bi-l-ʿaraḍī faqaṭ… fa-yusammā rasman » — la composition d'un essentiel et d'un accident, ou d'accidents seuls, est appelée rasm.
Le sharḥ note un point capital : « fa-l-ḥadd ʿinda al-uṣūliyyīn murādif li-l-taʿrīf ʿinda al-manāṭiqa » — chez les uṣūliyyīn, le mot ḥadd est synonyme de taʿrīf (définition au sens large). Al-Subkī ne distingue donc pas ici ḥaqīqī et rasmī : il donne le critère formel (jāmiʿ/māniʿ) valable pour toute définition, qu'elle soit essentielle ou descriptive.
Avant cette masʾala, al-Subkī s'est lui-même livré à de nombreuses définitions :
En posant ici la masʾala 26 — au cœur des Muqaddimāt — al-Subkī retourne le miroir vers lui-même : il dit en substance : « voici la règle à laquelle mes propres définitions doivent répondre ». Cette masʾala est donc à la fois :
La majorité des controverses uṣūlī se ramènent à des désaccords sur les ḥudūd. Quand un savant écrit : « la définition de X chez Untel est ghayr māniʿ » ou « ghayr jāmiʿ », il invoque exactement cette masʾala. Sans elle, la critique scientifique perd sa grammaire commune.
Le sharḥ ouvre par la définition du ḥadd lui-même : « wa-l-ḥadd ʿinda al-uṣūliyyīn : mā yumayyizu al-shayʾ ʿammā ʿadāhu » — chez les uṣūliyyīn, le ḥadd est ce qui distingue la chose de tout ce qui n'est pas elle, exactement comme le muʿarrif chez les logiciens.
Il commente ensuite la première formulation : « al-ḥadd : (al-jāmiʿ) ay li-afrād al-maḥdūd, (al-māniʿ) ay min dukhūl ghayrihā fīhi » — le ḥadd est jāmiʿ, c'est-à-dire rassembleur des individus du défini, et māniʿ, c'est-à-dire empêchant l'entrée des étrangers en lui. Le sharḥ précise que cette formulation remonte au qāḍī Abū Bakr al-Bāqillānī.
Pour la deuxième formulation : « al-muṭṭarid : ay alladhī kullamā wujida wujida al-maḥdūd fa-lā yadkhulu fīhi min ghayr afrād al-maḥdūd, fa-yakūnu māniʿan » — muṭṭarid = chaque fois qu'il existe, le défini existe, donc nul étranger n'y entre, donc il est māniʿ. « al-munʿakis : ay alladhī kullamā wujida al-maḥdūd wujida huwa, fa-lā yakhruju ʿanhu shayʾ min afrād al-maḥdūd, fa-yakūnu jāmiʿan » — munʿakis = chaque fois que le défini existe, lui aussi existe, donc aucun individu n'y échappe, donc il est jāmiʿ.
Le sharḥ conclut : « fa-muʾaddā al-ʿibāratayn wāḥid wa-l-ūlā awḍaḥ » — les deux expressions ont la même portée, mais la première est plus claire.
« On définit le fiqh comme : "la connaissance des aḥkām pratiques tirées de leurs preuves détaillées". Reformule cette définition dans les deux vocabulaires d'al-Subkī (jāmiʿ/māniʿ et muṭṭarid/munʿakis), puis tente de la critiquer en exhibant un contre-exemple potentiel pour chaque condition. »