Qualifier le bon et le mauvais · Quels actes appelle-t-on ḥasan, lesquels qabīḥ ? · Précision terminologique de la masʾala 6
Cette masʾala est le prolongement et la précision de la masʾala 6 (al-ḥusn wa-al-qubḥ). Là, al-Subkī avait posé les trois sens du couple ḥusn/qubḥ et localisé le désaccord avec la Muʿtazila au troisième sens — celui de la juridicité (tarattub al-dhamm wa-l-ʿiqāb). Ici, il revient sur ce troisième sens pour répondre à une question plus précise : du point de vue de la Loi, quels actes appelle-t-on ḥasan, et quels actes qabīḥ ? La réponse est binaire chez al-Subkī : ḥasan = al-maʾdhūn fīhi (l'autorisé) ; qabīḥ = al-manhī ʿanhu (l'interdit, ne serait-ce que par texte général). Mais Imām al-Ḥaramayn al-Juwaynī ouvre une troisième catégorie neutre : le makrūh n'est, pour lui, ni ḥasan ni qabīḥ.
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« Masʾala : Le ḥasan est l'autorisé — qu'il soit obligatoire, recommandé ou simplement licite. On a dit aussi : et l'acte du non-mukallaf. Le qabīḥ est l'interdit, ne serait-ce que par un texte général — ce qui inclut khilāf al-awlā. Imām al-Ḥaramayn (al-Juwaynī) a dit : le makrūh n'est ni qabīḥ ni ḥasan. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Muqaddima, masʾala 32 (التحسين والتقبيح)
La masʾala 6 a tranché : au sens légal, ḥusn et qubḥ relèvent de la révélation. Mais cela laisse une question ouverte : une fois admis ce principe, comment la Loi répartit-elle effectivement les actes entre ces deux qualifications ? Al-Subkī répond par une cartographie : tout ce que la Loi autorise (wājib, mandūb, mubāḥ) est ḥasan ; tout ce qu'elle interdit, même par texte général (ḥarām, makrūh, khilāf al-awlā), est qabīḥ. C'est une vision binaire et exigeante : tout écart par rapport à l'optimum entre dans le qabīḥ. Imām al-Ḥaramayn refuse cette extension et ouvre une zone neutre. Ce désaccord est en partie lafẓī (terminologique) : tous s'accordent sur les ḥukm — c'est le mot qabīḥ qui se discute.
Al-Subkī ramène le ḥasan à un seul critère : l'autorisation légale. Tout ce que la Loi a permis d'accomplir — à quelque degré que ce soit — entre dans cette catégorie. Le sharḥ commente : « al-ḥasan : fiʿl al-mukallaf al-maʾdhūn fīhi » — le ḥasan, c'est l'acte du mukallaf dont l'accomplissement a été autorisé.
Le sharḥ précise : « al-wāw li-l-taqsīm » — le wāw dans « wājiban wa-mandūban wa-mubāḥan » est un wāw de division. Ces trois statuts sont des aḥwāl lāzima li-l-maʾdhūn — des états caractéristiques du maʾdhūn. Ce ne sont pas trois espèces qui s'ajouteraient à un genre, mais les trois formes sous lesquelles l'autorisation se présente.
Le matn dit : « qīla : wa-fiʿl ghayr al-mukallaf » — « on a dit aussi : et l'acte du non-mukallaf ». Le sharḥ précise les cas visés : al-ṣabī (l'enfant), al-sāhī (l'inattentif), al-nāʾim (l'endormi), al-bahīma (l'animal). Aucun de ces êtres n'est sous la taklīf — leurs actes ne sont ni récompensés ni châtiés.
Si l'on définit le ḥasan comme « mā lam yamna' minhu al-shāriʿ » — ce dont la Loi n'a pas empêché l'accomplissement —, alors l'acte de l'enfant qui prie est ḥasan, l'acte du dormeur qui se retourne est ḥasan, et même l'acte du chat qui marche est ḥasan : aucun n'est manhī ʿanhu.
L'expression « qīla » signale une opinion faible ou marginale. Al-Subkī ne l'adopte pas : sa définition principale restreint le ḥasan à fiʿl al-mukallaf (l'acte du responsable). L'extension aux non-mukallafīn est rapportée comme une possibilité doctrinale, pas comme la position retenue.
Le sharḥ explicite : « al-qabīḥ : fiʿl al-mukallaf al-manhī ʿanhu wa-law kāna manhīyan ʿanhu bi-al-ʿumūm » — le qabīḥ, c'est l'acte du mukallaf interdit, ne serait-ce que par la généralité du nahy. Cette précision est cruciale : elle élargit le qabīḥ bien au-delà du ḥarām explicite.
Al-Subkī raisonne ainsi : si le qabīḥ est al-manhī ʿanhu, alors tout ce qui tombe sous un nahy — qu'il soit khāṣṣ (spécifique) ou ʿāmm (général) — est qabīḥ. Or, le khilāf al-awlā tombe sous un nahy général (l'ordre du mandūb implique la déconseillance de son délaissement). Donc il est qabīḥ.
Le sharḥ rapporte une réserve d'al-ʿIrāqī et al-Zarkashī : « inclure le khilāf al-awlā dans le qabīḥ pose problème — je ne l'ai vu chez personne d'autre que l'auteur [al-Subkī] ». Cette extension est donc une particularité d'al-Subkī, fondée sur la généralité du terme al-manhī.
Le sharḥ détaille la position d'Imām al-Ḥaramayn (citant son al-Burhān, I/219) : le makrūh — au sens large incluant khilāf al-awlā — n'est ni qabīḥ ni ḥasan, pour deux raisons symétriques.
On pourrait objecter : si le makrūh est neutre, en quoi diffère-t-il du mubāḥ ? Réponse d'al-Juwaynī : le mubāḥ « yusawwagh al-iqdām ʿalayhi wa-in lam yuʾmar bihi » — son accomplissement est positivement permis, même sans ordre. Le makrūh, lui, n'est pas positivement permis ; on a tout intérêt à s'en abstenir. Donc :
Le sharḥ note : « baʿḍuhum jaʿalahu wāsiṭatan » — certains font du makrūh une catégorie médiane (wāsiṭa). Ce n'est pas une exception isolée d'al-Juwaynī — c'est une position partagée par al-Āmidī et Shaykh al-Islām [Zakariyyā al-Anṣārī]. La controverse porte donc sur l'extension du qabīḥ : faut-il ou non y inclure le makrūh ?
La masʾala 32 ne reprend pas le débat avec la Muʿtazila. Elle se place à l'intérieur du sens 3 (qui, lui, est légal pour ahl al-Sunna) et pose la question : une fois admis que la Loi seule qualifie, comment cette qualification se distribue-t-elle ? Le débat ici n'est plus avec la Muʿtazila mais entre Asāʿira : entre al-Subkī (extension large du qabīḥ) et al-Juwaynī (catégorie médiane).
Sur le fond, tous s'accordent :
Le ḥukm de chaque acte n'est pas en cause. La question est seulement : faut-il appeler « qabīḥ » ce que la Loi déconseille sans punir ? Al-Subkī dit oui (puisque nahy il y a). Al-Juwaynī dit non (puisque dhamm il n'y a pas).
Le sharḥ commente : « al-ḥasan : fiʿl al-mukallaf al-maʾdhūn fīhi » — le ḥasan est l'acte du mukallaf autorisé. Cette précision « fiʿl al-mukallaf » est importante : elle exclut, à strictement parler, les actes des non-mukallafīn — d'où la nécessité d'introduire ensuite l'opinion « qīla ».
« Wājiban wa-mandūban wa-mubāḥan » — le sharḥ précise : « al-wāw li-l-taqsīm » (le wāw de division), et ces trois sont des aḥwāl lāzima li-l-maʾdhūn — états caractéristiques nécessaires de l'autorisation. C'est une typologie interne du ḥasan, pas un ajout extérieur.
« Qīla : wa-fiʿl ghayr al-mukallaf » — le sharḥ explique : « ayḍan ka-al-ṣabī wa-al-sāhī wa-al-nāʾim wa-al-bahīma » — l'enfant, le distrait, le dormeur, l'animal. Le critère implicite : « al-ḥasan : mā lam yamna' minhu al-shāriʿ » — le ḥasan, c'est ce dont la Loi n'a pas empêché l'accomplissement.
« Wa-al-qabīḥ : fiʿl al-mukallaf al-manhī ʿanhu wa-law kāna manhīyan ʿanhu bi-al-ʿumūm » — l'interdit, même par généralité du nahy issu des ordres de mandūb. « Fa-dakhala fī al-qabīḥ khilāf al-awlā » — par conséquent, le khilāf al-awlā entre dans le qabīḥ, comme y entre a fortiori le ḥarām.
« Wa-qāla Imām al-Ḥaramayn : laysa al-makrūh » — au sens large incluant khilāf al-awlā — « qabīḥan li-annahu lā yadhumm ʿalayhi, wa-lā ḥasanan li-annahu lā yastaḥiqq al-thanāʾ ʿalayhi, bi-khilāf al-mubāḥ fa-innahu yusawwagh al-iqdām ʿalayhi wa-in lam yuʾmar bihi ». C'est l'argument complet d'al-Juwaynī : le makrūh est en wāsiṭa (intermédiaire) parce qu'il manque les deux qualificatifs requis.
« Un musulman néglige une prière surérogatoire qu'il avait l'habitude de faire. Du point de vue d'al-Subkī, son acte est-il qabīḥ ? Du point de vue d'al-Juwaynī, l'est-il ? Et tous deux s'accordent-ils sur le ḥukm de cet acte ? Justifier en distinguant ḥukm et qualification terminologique. »