بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Carte N°51

التَّكْلِيفُ بِالمُحَالِ

La charge légale par l'impossible · Cinq positions, trois sortes d'impossibilité · L'une des masāʾil les plus théologiquement profondes du matn

Cette masʾala touche au cœur de l'aqīda et du rapport entre puissance divine, science divine et responsabilité humaine. La question est tranchante : Allah peut-Il charger un mukallaf de quelque chose d'impossible ? La réponse d'al-Subkī, fidèle à la tradition ash'arite, est : oui, de manière absolue (yajūzu muṭlaqan) — non pas que cela se produise gratuitement, mais que cela est concevable sans contredire la justice divine. Le débat se loge dans la distinction entre trois types d'impossibilité : al-muḥāl li-dhātihi (impossible par essence), al-muḥāl li-ghayrihi (impossible par autre chose), et al-muḥāl li-taʿalluq al-ʿilm bi-ʿadami wuqūʿihi (impossible par liaison de la science divine avec sa non-occurrence). Cinq écoles s'opposent — Muʿtazilites, al-Ghazālī, Ibn Daqīq al-ʿĪd, al-Āmidī, al-Juwaynī — et al-Subkī tranche : l'impossible par autre chose se produit effectivement.

مَسْأَلَةٌ: يَجُوزُ التَّكْلِيفُ بِالمُحَالِ مُطْلَقًا، وَمَنَعَ أَكْثَرُ المُعْتَزِلَةِ وَالشَّيْخُ أَبُو حَامِدٍ وَالغَزَالِيُّ وَابْنُ دَقِيقِ العِيدِ: مَا لَيْسَ مُمْتَنِعًا، لِتَعَلُّقِ العِلْمِ بِعَدَمِ وُقُوعِهِ، وَمُعْتَزِلَةُ بَغْدَادَ وَالآمِدِيُّ: المُحَالَ لِذَاتِهِ، وَإِمَامُ الحَرَمَيْنِ: كَوْنَهُ مَطْلُوبًا، لَا وُرُودَ صِيغَةِ الطَّلَبِ. وَالحَقُّ وُقُوعُ المُمْتَنِعِ بِالغَيْرِ لَا بِالذَّاتِ.

« Mas'ala : Il est permis de charger légalement par l'impossible de manière absolue. La majorité des Muʿtazilites, le Shaykh Abū Ḥāmid (al-Isfarāyīnī), al-Ghazālī et Ibn Daqīq al-ʿĪd ont interdit (l'imposition de) ce qui n'est pas naturellement empêché, à cause de la liaison de la science (divine) avec sa non-occurrence. Les Muʿtazilites de Bagdad et al-Āmidī : (ont interdit l'imposition de) l'impossible en lui-même. Imām al-Ḥaramayn : (le débat porte sur) qu'il soit demandé, non sur l'apparition de la formule de demande. La vérité est : l'occurrence de l'empêché par autre chose, non par essence. »

Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Taklīf, masʾala 51 (التكليف بالمحال)

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Allah charge-t-Il l'impossible ?

La question paraît scandaleuse au premier regard : comment Allah, le Juste, demanderait-Il l'impossible ? La réponse ash'arite procède par déconstruction du faux dilemme. Allah a ordonné à Abū Lahab la foi — fait coranique indiscutable — tout en annonçant dans la sourate al-Masad qu'il mourra mécréant. Voilà un taklīf dont l'objet est impossible par autre chose : la foi est concevable en soi, mais empêchée par la science divine et par l'obstination de l'homme. Cela ne contredit pas la justice : la connaissance divine ne contraint pas le mukallaf, elle connaît ce qu'il fera librement. Le commandement reste valide, et c'est précisément cela qui sépare l'ash'arite du muʿtazilite : pour ce dernier, la justice divine est conditionnée par notre conception humaine de la justice ; pour l'ash'arite, elle ne l'est pas.

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Vocabulaire essentiel

المُحَال لِذَاتِهِal-muḥāl li-dhātihi
L'impossible par essence : ce dont la non-existence est nécessaire par sa nature même (réunion de A et non-A, 2+2=5).
المُحَال لِغَيْرِهِal-muḥāl li-ghayrihi
L'impossible par autre chose : ce qui par soi est possible, mais qu'autre chose rend impossible (la foi d'Abū Lahab).
المُمْتَنِعal-mumtaniʿ
Le naturellement empêché ; synonyme du muḥāl, mais souligne l'aspect d'obstacle effectif à la réalisation.
الغَزَالِيal-Ghazālī (m. 505/1111)
L'imām Ḥujjat al-Islām. Auteur d'al-Mustaṣfā. Position : interdit le taklīf de ce qui n'est pas mumtaniʿ.
ابن دَقِيق العِيدIbn Daqīq al-ʿĪd (m. 702/1302)
Grand muḥaddith et uṣūlī shāfiʿite, auteur d'Iḥkām al-Aḥkām. Suit la position d'al-Ghazālī sur cette masʾala.
الآمِدِيal-Āmidī (m. 631/1233)
Auteur d'al-Iḥkām fī uṣūl al-aḥkām. Avec les Muʿtazilites de Bagdad : interdit le taklīf du muḥāl li-dhātihi.
أَبُو لَهَبAbū Lahab
Oncle paternel du Prophète ﷺ, mort mécréant. Cas-test du taklīf bi-al-muḥāl bi-al-ghayr.
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Distinction préalable — trois types d'impossibilité

Aqsām al-muḥāl · sans cette grille tout le débat est confus
Le mot muḥāl recouvre trois réalités distinctes : impossible par essence, impossible par autre chose, et ce qui dépasse la capacité du mukallaf. Confondre ces trois sens, c'est s'égarer dans toute la masʾala.
DistinctionTrois sens

Premier type — al-muḥāl li-dhātihi

L'impossible par essence : ce dont la non-existence est nécessaire par sa nature même. Aucune cause extérieure n'intervient : la chose est en elle-même contradictoire.

  • Al-jamʿ bayna al-naqīḍayn — réunir A et non-A en même temps et sous le même rapport.
  • Kawn al-shayʾ mawjūdan maʿdūman maʿan — qu'une chose soit existante et inexistante simultanément.
  • Mathématiquement : 2+2=5, le triangle à quatre côtés.

Deuxième type — al-muḥāl li-ghayrihi

L'impossible par autre chose (= al-mumtaniʿ bi-al-ghayr) : ce qui par soi est possible, mais que d'autres réalités rendent effectivement impossible.

  • Īmān Abī Lahab — la foi d'Abū Lahab : la foi en elle-même est concevable, mais empêchée par sa nature obstinée et par la science divine qu'il ne croira pas.
  • Tout fait passé non avenu : possible en soi, mais empêché parce que le passé est ce qu'il a été.

Troisième type — mā lā yumkinu li-l-mukallaf

Ce que le mukallaf ne peut pas accomplir sans que cela soit impossible en soi : soulever une montagne, marcher du haut, voler comme l'oiseau. Ces actes sont concevables en eux-mêmes, mais hors de portée humaine.

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Position 1 — al-Subkī : yajūzu muṭlaqan

Sunnites majoritaires · ash'arites · permission absolue
Il est concevable qu'Allah charge le mukallaf de l'impossible, de toute sorte. Cela ne contredit pas la justice divine — car la justice divine n'est pas conditionnée par notre conception humaine de la justice.
Position d'al-SubkīSunnites

Énoncé

Al-Subkī ouvre la masʾala par : « yajūzu al-taklīfu bi-al-muḥāli muṭlaqan »« il est permis (théologiquement concevable) de charger par l'impossible de manière absolue », c'est-à-dire quel que soit le type d'impossibilité.

Sens du « yajūz » ash'arite

Le yajūz ash'arite ne signifie pas que cela se produit gratuitement ou fréquemment. Il signifie que c'est concevable sans contradiction interne avec la nature divine. Allah n'agit pas en vain, mais Sa puissance et Sa sagesse incluent cette possibilité.

Argument scripturaire

  • Cas Abū Lahab : Allah a ordonné aux mécréants la foi (commandement coranique), tout en sachant qu'Abū Lahab ne croira pas — et en l'annonçant dans la sourate al-Masad. C'est un taklīf bi-al-muḥāl bi-al-ghayr indiscutable, et il a eu lieu.
  • Cas général des mécréants : Allah a ordonné à tous les mukallafīn la foi, même à ceux qu'Il sait mourir mécréants par leur libre choix.

Argument rationnel

La science divine n'enlève pas la liberté du mukallaf. Allah connaît ce que l'homme fera par son propre choix — Il ne le contraint pas. Donc le commandement reste valide, et la responsabilité demeure entière.

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Position 2 — Muʿtazilites + al-Ghazālī + Ibn Daqīq al-ʿĪd

Manʿu mā laysa mumtaniʿan · interdit pour le non-naturellement empêché
Allah ne peut pas charger ce que la science divine sait ne pas se produire. Position partagée par la majorité des Muʿtazilites, le Shaykh Abū Ḥāmid al-Isfarāyīnī, al-Ghazālī et Ibn Daqīq al-ʿĪd.
DivergenceGhazālī

Énoncé

Pour cette école, Allah ne peut pas charger le mukallaf de « mā laysa mumtaniʿan »ce qui n'est pas naturellement empêché par soi mais dont la science divine sait qu'il ne se produira pas. Donc : taklīf interdit pour le troisième type d'impossible (li-taʿalluq al-ʿilm bi-ʿadami wuqūʿihi).

Argumentation

  • Si Allah sait que X ne se produira pas, alors ordonner X serait injuste — le mukallaf est mis devant une obligation dont la non-occurrence est déjà décidée.
  • Le commandement présuppose la possibilité réelle de l'objet — sinon il devient absurde.
  • La ḥikma (sagesse) divine exclut un commandement vide.

Réponse ash'arite (faiblesse de la position)

La connaissance divine ne contraint pas le mukallaf — elle connaît simplement ce qu'il fera librement. Le commandement reste valide parce que :

  • Le commandement s'adresse à la capacité libre du mukallaf, pas à ce que la science prédit.
  • Si l'argument tenait, alors aucun mécréant ne serait chargé de la foi — ce qui contredit le Coran.
  • Le cas Abū Lahab suffit à réfuter la position : Allah l'a chargé de la foi tout en sachant qu'il ne croira pas, et en l'annonçant.
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Position 3 — Muʿtazila de Bagdad + al-Āmidī

Manʿu al-muḥāli li-dhātihi · interdit pour l'impossible par essence
Allah ne peut pas charger l'impossible par essence (réunir A et non-A) — cela serait contradictoire en soi. Mais Il peut charger l'impossible par autre chose et celui que la science sait ne pas se produire.
DivergenceĀmidī

Énoncé

Pour les Muʿtazilites de Bagdad et Sayf al-Dīn al-Āmidī, l'interdiction porte spécifiquement sur al-muḥāl li-dhātihi — l'impossible par essence. Allah peut charger l'impossible par autre chose, mais pas la contradiction logique pure.

Argumentation

  • Charger de réunir A et non-A serait vide de sens : le commandement n'aurait aucun référent concevable.
  • L'impossible par essence n'est pas un « quelque chose » qu'on peut imposer — c'est un non-être absolu.
  • Pour l'impossible par autre chose en revanche, l'objet est concevable, donc le commandement a un référent valide.

Position d'al-Āmidī précisément

Dans al-Iḥkām, al-Āmidī précise : ce n'est pas qu'Allah manque de puissance sur le muḥāl li-dhātihi — c'est que ce « cela » n'a pas de réalité conceptuelle stable qu'un commandement pourrait viser.

Réponse ash'arite

Al-Subkī répond : la permission théorique (yajūz) ne suppose pas que la chose ait une réalité — elle suppose seulement que l'acte de Dieu de l'imposer ne contredit rien dans Sa nature. Le mot yajūz ash'arite est volontairement plus large : il inclut même les cas-limites les plus extrêmes pour ne pas conditionner la puissance divine par la logique humaine.

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Position 4 — Imām al-Ḥaramayn al-Juwaynī

Kawnuhu maṭlūban, lā wurūdu ṣīghati al-ṭalab · distinction subtile
Le débat ne porte pas sur l'apparition de la formule de demande (que Allah prononce un commandement), mais sur qu'il soit effectivement demandé (que Allah veuille réellement l'accomplissement). Une nuance subtile et féconde.
JuwaynīDistinction maṭlūb

La distinction de l'imām al-Ḥaramayn

Al-Juwaynī déplace le terrain du débat. Il distingue deux choses que les autres écoles confondaient :

  • Wurūdu ṣīghati al-ṭalabl'apparition de la formule de demande : qu'Allah prononce verbalement un commandement (ifʿal, ittaqū…). Cela, dit al-Juwaynī, peut porter sur l'impossible — personne ne le nie.
  • Kawnuhu maṭlūbanqu'il soit effectivement demandé : que Allah veuille réellement l'accomplissement de l'objet. C'est sur cela que porte le débat.

Application au cas Abū Lahab

Pour al-Juwaynī, la formule de l'ordre adressée à Abū Lahab existe — c'est un fait coranique. Mais la demande effective (la volonté divine que Abū Lahab croie réellement) est autre chose. Al-Juwaynī réoriente ainsi tout le débat : il faut savoir de quoi on parle exactement.

Pourquoi cette distinction est féconde

Elle évite l'apparente contradiction entre « Allah ordonne » et « Allah sait que cela n'arrivera pas ». Allah peut prononcer la formule du commandement (épreuve, mise en demeure, témoignage contre le mécréant) sans nécessairement vouloir activement la réalisation de l'objet — la volonté divine étant de niveau distinct.

Lecture d'al-Subkī (et son père)

Le sharḥ note qu'al-Subkī aurait pu regrouper la position d'al-Juwaynī avec la deuxième position (Ghazālī, etc.), comme le fait son père dans son propre sharḥ Mukhtaṣar Ibn al-Ḥājib. Mais en la séparant, al-Subkī signale que le point de divergence (al-maʾkhadh) est différent : pour al-Juwaynī ce n'est pas la permission théorique qui est en cause, mais la nature de l'objet du débat.

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Position 5 — al-Ḥaqq : occurrence de l'impossible par autre chose

Wuqūʿu al-mumtaniʿ bi-al-ghayr lā bi-al-dhāt · le verdict final
La vérité est que l'impossible par autre chose se produit effectivement — comme l'obligation faite à Abū Lahab de croire. Mais l'impossible par essence ne s'est pas produit dans les faits — non parce que c'est interdit, mais parce que cela ne s'est pas vu.
Al-ḥaqqVerdict

Le verdict d'al-Subkī

Al-Subkī clôt la masʾala par : « wa-al-ḥaqqu wuqūʿu al-mumtaniʿi bi-al-ghayri lā bi-al-dhāt »« la vérité est l'occurrence de l'empêché par autre chose, non par essence ». Il distingue ainsi :

  • Permission théorique (yajūz) : de toute sorte d'impossible — par essence, par autre chose, par capacité.
  • Occurrence effective (wuqūʿ) : seulement de l'impossible par autre chose.

Le cas Abū Lahab : preuve de l'occurrence

Le sharḥ développe : « inna Allāha taʿālā kallafa al-thaqalayni bi-al-īmān »Allah a chargé les deux espèces (jinn et hommes) de la foi, comme dit le Coran : « Wa-mā khalaqtu al-jinna wa-al-insa illā li-yaʿbudūn » (al-Dhāriyāt 56). Or beaucoup de mécréants sont chargés de la foi — et celle-ci leur est impossible par autre chose à cause de la science divine de leur non-foi. Donc le taklīf bi-al-muḥāl bi-l-ghayr a effectivement lieu.

Et l'impossible par essence ?

Le sharḥ précise : « wa-ammā ʿadamu wuqūʿihi bi-al-thānī fa-li-l-istiqrāʾ »quant à la non-occurrence (du taklīf) du second (= li-dhātihi), c'est par induction : on ne trouve aucun cas dans le Coran et la Sunna où Allah ait chargé un mukallaf de réunir A et non-A. Mais cela ne signifie pas que c'est interdit théologiquement — seulement que cela ne s'est pas vu.

Importance théologique

  • Pour l'aqīda : les mécréants sont chargés de la foi — ce n'est pas une injustice.
  • Pour le qadar : le ʿilm divin n'enlève pas le taklīf, et donc n'enlève pas la responsabilité.
  • Pour l'éthique : la justice de Dieu n'est pas conditionnée par notre conception humaine de la justice.
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Texte du matn — التكليف بالمحال

Source primaire + sharḥ Badr al-Ṭāliʿ
Une seule phrase d'al-Subkī condense cinq positions et un verdict. Lecture pas à pas du matn.
MatnSubkī

Texte du matn

مَسْأَلَةٌ: يَجُوزُ التَّكْلِيفُ بِالمُحَالِ مُطْلَقًا، وَمَنَعَ أَكْثَرُ المُعْتَزِلَةِ وَالشَّيْخُ أَبُو حَامِدٍ وَالغَزَالِيُّ وَابْنُ دَقِيقِ العِيدِ: مَا لَيْسَ مُمْتَنِعًا، لِتَعَلُّقِ العِلْمِ بِعَدَمِ وُقُوعِهِ، وَمُعْتَزِلَةُ بَغْدَادَ وَالآمِدِيُّ: المُحَالَ لِذَاتِهِ، وَإِمَامُ الحَرَمَيْنِ: كَوْنَهُ مَطْلُوبًا، لَا وُرُودَ صِيغَةِ الطَّلَبِ. وَالحَقُّ وُقُوعُ المُمْتَنِعِ بِالغَيْرِ لَا بِالذَّاتِ.

Détail du sharḥ — Badr al-Ṭāliʿ

Le sharḥ procède phrase par phrase. « Yajūzu al-taklīfu bi-al-muḥāli muṭlaqan » — c'est la position d'Abū al-Ḥasan al-Ashʿarī, de l'imām al-Rāzī dans al-Maḥṣūl et de ses élèves comme al-Bayḍāwī dans al-Minhāj. C'est aussi le choix de Shaykh al-Islām (le père de l'auteur) dans Manʿ al-Mawāniʿ.

« Wa-manaʿa aktharu al-Muʿtazila wa-al-Shaykh Abū Ḥāmid wa-al-Ghazālī wa-Ibn Daqīq al-ʿĪd »Abū Ḥāmid al-Isfarāyīnī (m. 406 H), grand juriste shāfiʿite ; al-Ghazālī dans al-Mustaṣfā ; Ibn Daqīq al-ʿĪd, le muḥaddith — tous trois interdisent le taklīf de ce qui n'est pas mumtaniʿ mais que la science divine sait ne pas se produire (= le troisième type d'impossible). Avec eux, la majorité des Muʿtazilites, et les Ḥanafites, Mālikites, Ḥanbalites rejoignent cette position.

« Wa-Muʿtazilatu Baghdād wa-al-Āmidī : al-muḥāla li-dhātihi » — eux n'interdisent que le muḥāl par essence (réunir A et non-A), et concèdent le taklīf des deux autres types. Position d'al-Āmidī dans al-Iḥkām et d'al-Bayḍāwī dans al-Minhāj.

« Wa-Imāmu al-Ḥaramayni : kawnuhu maṭlūban, lā wurūda ṣīghati al-ṭalab » — al-Juwaynī, dans al-Burhān, recentre le débat : la formule de demande peut porter sur l'impossible, comme dans le verset « kūnū ḥijāratan aw ḥadīdan » (al-Isrāʾ 50) — formule adressée mais sans demande effective. Le débat porte donc sur la demande effective, pas sur l'énoncé.

« Wa-al-ḥaqqu wuqūʿu al-mumtaniʿi bi-al-ghayri lā bi-al-dhāt » — verdict d'al-Subkī : l'impossible par autre chose s'est effectivement produit dans le taklīf des mécréants, comme l'imposition de la foi à Abū Lahab après la révélation de « tabbat yadā Abī Lahab ». Quant à l'impossible par essence, sa non-survenue est constatée par induction (istiqrāʾ), non par interdiction théorique.

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À retenir

5 principes essentiels
La carte mentale de la masʾala 51.
  • Le mot « muḥāl » recouvre trois types : li-dhātihi (par essence), li-ghayrihi (par autre chose), et mā lā yumkinu li-l-mukallaf (au-delà des forces du mukallaf) — sans cette grille rien ne s'éclaire
  • Position d'al-Subkī (sunnite majoritaire) : yajūzu muṭlaqan — il est concevable qu'Allah charge de l'impossible de toute sorte
  • Cinq positions doctrinales : (1) Subkī/Ashʿarī ; (2) Muʿtazilites + Ghazālī + Ibn Daqīq al-ʿĪd ; (3) Bagdad + Āmidī ; (4) Juwaynī (reformulation) ; (5) verdict al-Subkī
  • La vérité (al-ḥaqq) : le muḥāl par autre chose se produit effectivement (cas Abū Lahab) — l'impossible par essence ne s'est pas vu (induction), pas qu'il soit interdit
  • Cette masʾala est cruciale pour l'aqīda (taklīf des mécréants), le qadar (ʿilm divin et liberté), et l'éthique (la justice de Dieu n'est pas conditionnée par notre justice humaine)
?

Question de révision

Tester sa compréhension
Distinguer permission théorique et occurrence effective.

Question

« Un objecteur dit : "Si Allah a ordonné à Abū Lahab la foi tout en sachant qu'il mourra mécréant, alors c'est injuste — Il l'a chargé d'un impossible." Comment al-Subkī répond-il ? Distinguez les trois types d'impossibilité, et précisez laquelle des cinq positions doctrinales est ici en jeu. »

🧠 Grille mnémotechnique — les 5 positions

1
SUBKĪ
Yajūz muṭlaqan
permission absolue
Sunnites
2
GHAZĀLĪ + IBN DAQĪQ
Manʿu mā laysa mumtaniʿan
interdit le 3e type
Majorité Muʿtazila
3
ĀMIDĪ + BAGDAD
Manʿu al-muḥāl li-dhātihi
interdit le 1er type
Position modérée
4
JUWAYNĪ
Maṭlūb ≠ ṣīghat al-ṭalab
reformulation
Distinction subtile